Soirée contrastée ce jeudi soir, avec l’Academy of St Martin-in-the-Fields qui nous proposait le Concerto pour violon en sol majeur de Joseph Haydn,  le Concerto pour violon et piano en mineur de Felix Mendelssohn  et La Nuit transfigurée d’Arnold Schoenberg,  sous la direction de Julia Fischer, violoniste reconnue mais aussi pianiste professionnelle, qui passe du rôle de soliste à celui de Konzertmeisterin avec une aisance déconcertante.

Julia Fischer © Felix Broede | Decca
Julia Fischer
© Felix Broede | Decca
En guise d’amuse-bouche, l’Academy of St Martin in the Fields nous a offert un premier concerto de Haydn rafraîchissant et cajolant. Limpidité et ductilité pourraient décrire parfaitement cet orchestre de chambre, dont on saluera toute la soirée l’élégance des timbres, le fondu des pupitres, l'équilibre, la  souplesse et la réactivité, tout attentif aux impulsions de sa Konzertmeisterin. Une mention spéciale aux phrasés délicats du claveciniste, dont la musicalité ne pouvait que frapper l’auditeur.

Le concerto pour violon et piano de Mendelssohn, beaucoup plus rarement interprété que son grand frère pour violon, offre à entendre un classicisme plus appuyé. Un discours un brin entendu, le jeu pianistique d’Oliver Schnyder, trop ombré de pédale, a peut-être rendu le discours un peu magmatique et pâteux, donnant la sensation d’un piano plus accompagnateur que soliste. La technique superlative de Julia Fischer est un ravissement pour les auditeurs, belle projection, son brillant et dense… Le dernier mouvement de la sonate pour violon de Saint-Saëns aura montré à quel point ces deux-là s’amusent de la technique ! Mais l’émotion musicale de la soirée fut ailleurs… 

C’est avec La Nuit transfigurée de Schoenberg que nous avons pu savourer les qualités de l’ensemble des artistes présents. En effet, musique exigeante et puissante, chef-d’œuvre précoce, cette œuvre nous a offert une richesse d’émotions et une palette sonore incroyables.

Musique de la transition composée en 1899, sous la forme d’un sextuor à cordes (2 violons, 2 altos, 2 violoncelles), elle est créée en 1902.  Le compositeur en propose une deuxième version pour orchestre à cordes en 1917 et la révise en 1943. Inspirée d’un poème de Richard Dehmel, l’œuvre nous transporte dans une promenade nocturne en forêt, relatant la sombre histoire d’un homme amoureux d’une femme qui attend un enfant d’un autre… Le post-romantisme latent ne peut manquer d’évoquer Wagner, l’ambiance et les effets de ressac, se faisant de plus en plus oppressants, et, comme dans Tristan, l’œuvre se conclue sur une ambiance apaisée, fluide et éthérée.

L’Academy of St. Martin-in-the-Fields empoigne cette œuvre avec un délice de tonicité et d’émotion, sans en devenir rude. Les timbres des pupitres, toujours homogènes, emmènent l’auditeur loin dans cette nuit éblouissante. Le discours post-romantique, l’ombre du Tristan de Wagner plane sur cette partition qui pousse le discours encore un peu plus loin. On peut relever les passages solistes magnifiques du violoncelle  et des altos, l’ensemble emportant loin l’émotion de la partition, trouvant la juste balance entre le discours romantique plus exalté de la première partie et la sombre délicatesse de la conclusion, dans une œuvre qui parle profondément à l’âme.

On aurait aimé que toute la soirée fut à ce niveau d’émotion artistique.