On ne présente plus Jun Märkl à Lyon, lui qui dirigea l’Orchestre National de la ville de 2005 à 2011, et dont le retour ravissait les familiers de la maison. Pour cette très belle soirée, le programme tournait autour de la thématique des fleurs et des jardins, en accord avec l’Opéra de Lyon et son festival qui a eu lieu le mois dernier. Nous commencions avec une œuvre contemporaine, Blossoming II de Toshio Hosokawa, dont le début est si léger qu'il est à peine perceptible, faisant naître une tension extrême et une efficacité redoutable.

Jun Märkl © Christiane Höhne / Intermusica
Jun Märkl
© Christiane Höhne / Intermusica
La deuxième œuvre remontait un peu dans le temps puisqu’il s’agissait des Nuits dans les jardins d’Espagne, impressions symphoniques pour piano et orchestre de Manuel de Falla, permettant ainsi d’entendre le fabuleux Javier Perianes qui accompagnait un orchestre en parfait accord avec son chef : tous les archets se sont levés en même temps que la baguette. L’osmose se fait également entre l’ONL et le pianiste au doigté fort délicat. Ses mains semblent voler sur les touches dans un mouvement fluide qui se répercute indéniablement dans la musique où les notes paraissent sortir sans même qu’il n’y ait de contact entre Javier Perianes et le piano Steinway sur lequel il joue. Le dialogue entre lui et le reste des musiciens est un moment de plaisir qui se fait sous une direction fluide et sûre. Ainsi passent Au Generalife, Danse lointaine et Dans les jardins de la Sierra de Cordoue.

L’entracte laisse ensuite place à la partie vocale de la soirée : Les Nuits d’été de Berlioz avec la très attendue Julie Pasturaud. L’acoustique de la salle ne rend malheureusement pas l’hommage mérité à cette voix de mezzo-soprano pourtant puissante et maîtrisée, se montrant légère et douce quand il le faut, ce qui est souvent requis dans ces mélodies. La prononciation pourtant très bonne de la cantatrice se heurte à une légère résonance qui empêche souvent la compréhension du texte, ce qui est fort dommage s’agissant des poèmes de Théophile Gautier. 

La dernière œuvre de la soirée, qui lui donnait d’ailleurs son nom, est la suite du Chevalier à la rose de Richard Strauss. Les places encore vides parmi les musiciens sont ici comblées pour clore de façon grandiose ce programme en jouant tantôt sur la puissance, tantôt dans la légèreté mais toujours avec la même justesse d’interprétation et la même maîtrise de l’œuvre ressentie. Ce ne sont pas moins de trente violons, deux harpes, dix violoncelles et huit contrebasses, auxquels s’ajoutent les altos, les vents et les percussions, qui résonnent à l’unisson sous la baguette toujours aussi assurée et claire de Jun Märkl pour un final à couper le souffle - ou plutôt à le redonner !

Le public eut également droit à la célèbre Valse des fleurs de Tchaïkovsky, sublimée lors de ces retrouvailles entre un chef et un très grand orchestre brillamment dirigé ce soir.