C’est à une belle thématique russe que nous conviait l’Orchestre de la Suisse Romande sous l’impulsion de Kazuki Yamada ce mercredi 16 mars au Victoria Hall avec Moz-Art à la Haydn, jeu musical pour deux violons, deux petits orchestres à cordes, contrebasse et chef d’orchestre de Schnittke, le Concerto pour violon en ré majeur de Tchaïkovski, puis la Dixième Symphonie de Chostakovitch pour finir.

Vadim Gluzman © Marco Borggreve
Vadim Gluzman
© Marco Borggreve

Ouverture un peu grinçante avec ce « MOz-Art à la Haydn ». L’ensemble en petite formation surgissant du Black-out, entonne cette petite mélodie mozartienne qui se disloque rapidement avec un sourire plein de malice. Plaisir de la découverte pour une petite pièce pleine d’esprit.

C’est avec un son assez mat que l’Orchestre de la Suisse Romande au complet introduit, pour suivre, le Concerto pour violon de Tchaïkovski.  Rapidement le son clair et concentré du violon de Vadim Gluzman s’élève et emporte avec conviction tout l’orchestre avec lui. Le soliste se retournant régulièrement vers ses confrères comme pour les amener plus loin dans les dynamiques et l’interprétation un peu froide de Kazuki Yamada. La cadence du premier mouvement fut un miracle d’équilibre avec des aigus stratosphériques, un médium riche et chaleureux, un legato superlatif. Le dialogue avec le basson romantique d’Afonso Venturieri fut à ce titre un véritable moment suspendu de musicalité. Les premières notes du mouvement lent furent déchirantes, soutenues par la flûte lyrique de Loïc Schneider et le riche médium du violoniste dont le velours expressif toucha au divin. L’entrée échevelée du dernier mouvement fut l’occasion d’assister à une leçon de vélocité sans faille, la virtuosité n’étant, avec l’expressivité, pas parmi les premiers défauts du soliste. Une partita de Bach en bis vint clore la première partie du concert par une délicatesse de musicalité et d’équilibre.

Kazuki Yamada © Marco Borggreve
Kazuki Yamada
© Marco Borggreve
Dès les premières mesures de la Symphonie n° 10 en mi mineur de Chostakovitch, l’Orchestre de la Suisse Romande fit montre de ses cuivres resplendissants, de ces flûtes acérées, du tranchant de ses cors sur un beau tapis de violoncelles. Le mouvement Allegro fut d’une densité impressionnante avec une flûte piccolo aux aguets. Les effets cinématographiques de cette musique provoquent un plaisir quasi physique à l’auditeur, quant aux nombreux solistes de l’orchestre, ils nous ont offert le plaisir d’interprétations de haute volée que ce soit le violon de Bogdan Zvoristeanu, le cor de Julia Heirich ou, à nouveau, le basson d’Afonso Venturieri. A noter le très beau solo de hautbois du quatrième mouvement, tel une grande plainte dans une vastitude froide et désespérante, et qui fut saisissant.

Ainsi, même si cette symphonie fut l’occasion d’entendre vrombir les cordes, percevoir des flûtes menaçantes, aux trilles lacérant l’air, l’appel de la caisse claire laissant entrevoir le champ de bataille pour s’évanouir dans des aplats apaisés de cordes, il n’en reste pas moins que le chef Kazuki Yamada n’emporta pas totalement la mise, son interprétation manquant un brin de souffle épique et se perdant parfois dans le détail. On restera donc un peu sur sa faim d’une certaine noirceur angoissante propre aux œuvres de Chostakovitch… Dommage.