La Maison Symphonique de Montréal accueillait mardi le pianiste Marc-André Hamelin et l’Orchestre Symphonique de Montréal, sous la baguette de Kent Nagano, pour un concert intitulé « Haydn & Reich ». Au programme : Eight Lines de Reich, le Concerto en sol de Ravel et la Symphonie n° 104 de Haydn. Le tout se déployait dans le cadre de la série « Festival Haydn & les minimalistes », un projet construit autour de la notion de répétition en musique.

Marc-André Hamelin © Sim Canetty Clarke
Marc-André Hamelin
© Sim Canetty Clarke

Réunir certaines œuvres autour d’un thème présente quelques avantages : éveiller la curiosité des auditeurs, provoquer des réflexions, favoriser une écoute plus active, etc. L’idée d’ainsi rapprocher des œuvres de Haydn (champion de la forme sonate, qui repose en partie sur la répétition de motifs) et des principaux compositeurs minimalistes (qui mettent la répétition au cœur de leur processus créatif) semblait assez bonne. En faire une série de quatre concerts était audacieux, mais l’expérience valait d’être tentée.

Or, joindre à celle-ci Marc-André Hamelin, dont le passage à Montréal devait être fort attendu, s’est avéré un peu factice. Entre Reich et Haydn, le concerto de Ravel apparaissait comme une curiosité, et malgré l’interprétation convaincante qu’en a fait le soliste, un admirateur de Hamelin devait rester sur sa faim. Quelque vingt minutes d’une œuvre plutôt insolite dans le programme ne pouvaient pas répondre aux attentes suscitées par un tel interprète. Nous aurions préféré une œuvre plus longue, plus essentielle au programme et plus proche, peut-être, de son univers musical.

Quoiqu’il en soit, les auditeurs qui découvraient Hamelin ce soir-là ont pu obtenir un bon aperçu de la qualité de son jeu dans le Concerto en sol. Après un brouillamini d’arpèges grisants, le piano installe une atmosphère chaude, sensuelle, troublée quelques instants par un nuage : les triolets vifs dans la tonalité hésitante du Meno vivo semblent les rugissements d’un fauve, malencontreusement tiré de son sommeil. Le mouvement lent est particulièrement bien rendu : le piano, seul, émet une mélodie d’une douceur pénétrante. Le toucher de Hamelin est moelleux, concentré, et sa main gauche suit très attentivement la direction de sa main droite, de manière à en rehausser les moments sensibles.

Eight Lines pose aux interprètes le défi de garder l’auditeur en tension au travers des abondantes répétitions de motifs. Il faut alors tenter de varier au mieux les textures, les volumes, et de définir le rôle de chacun dans l’exécution. L’OSM et Nagano ont œuvré dans cet esprit. D’un commencement doux, les instruments s’affermissent peu à peu. Les violons projettent des lignes droites et claires, agrémentées ici et là de quelques accents. Plus tard, les cordes forment un bloc monolithique, ferme, augmentant l’effet hypnotique du morceau. Les deux pianos, en jouant de courts motifs dans l’aigu, évoquent des éclaboussures ou de légers clapotis ; ils s’effacent imperceptiblement aux moments opportuns. Les piccolos et la flûte, eux, sautillent, dansent et décrivent de joyeuses arabesques. Chacun joue son rôle et semble mener une vie indépendante ; mais en réalité, les musiciens interagissent étroitement et se transmettent tour à tour l’énergie progressivement accumulée.

La Symphonie n° 104 de Haydn, comme nombre d’œuvres du compositeur, est empreinte d’un grand formalisme. Nagano, attentif à cette caractéristique, s’assure de bien découper chacune des sections. Cela se traduit par des soupirs soignés, des respirations non pressées et des dénouements animés. La pièce conserve par là son caractère léger. De tous les mouvements, le quatrième, inspiré d’un chant folklorique, nous a beaucoup plu. Les instrumentistes y font notamment des accents qui le rendent dansant, ludique.

En somme, un joli concert, mais un peu bigarré. Le jour où un programme sera mis au service de Hamelin, et non l’inverse, nous accourrons !