Beau programme pour ce concert exceptionnel de l’Orchestre de la Suisse Romande qui a offert à entendre le fameux Concerto pour violon de Johannes Brahms ainsi que le non moins reconnu Sacre du printemps.

Sergey Khachatryan © Marco Borggreve
Sergey Khachatryan
© Marco Borggreve

C’est sous la direction souple de Jonathan Nott que l’orchestre entame dans la suavité et la rondeur ce concerto de Brahms. Le violoniste arménien Serguey Khachatryan, auréolé de collaborations prestigieuses auprès de chefs tels Valery Gergiev, Daniele Gatti, Vasily Petrenko et accompagné des plus grandes phalanges, offre ici une vision lumineuse. Tout semble naturellement porté par une interprétation heureuse de l’œuvre et un vibrato serein, sur un fil, totalement dans l’émotion, nous laissant dans un sentiment duveteux. On apprécie une cadence au son brut et boisé versant dans une âpreté toute romantique. Le violon de Sergey Khachatryan, poignant dans ses évocations solaires, est poétique et ravit l’âme dans un mouvement qui lui convient particulièrement bien. Son vibrato délicat ourle d’une émotion simple les phrases divines créées par Brahms qui rappellent ici dans le second mouvement la paisible émotion religieuse que l’on retrouve par endroits dans son Requiem Allemand.

Le troisième mouvement, enlevé, fait valoir des trilles de flûtes très extérieures, le tout restant cependant un peu saucissonné malgré les envolées du solistes particulièrement bien amenées. Et si on relève quelques difficultés de justesse et d’homogénéité chez les cors qui nous avaient gratifiés ces derniers mois de très belles prestations, l’ensemble a « de la gueule » et est gratifié d’une belle ovation à laquelle répondra un Adagio de la 1ère Sonate de Bach de haute volée.

En deuxième partie, le Sacre du Printemps nous offre ses ambiances variées, ses délices, son déluge de feu. Après une introduction sur des œufs au basson (quelle impossible difficulté cette première phrase !), l’Orchestre de la Suisse Romande fait montre de ses vents splendides et de cordes homogènes et drues. On est saisis par ces pizzicati haletants des cordes avant les folles « danses des adolescentes », somptueuses. L’orchestre pare de mille nuances ces ambiances colorées par des vents magnifiques, une mention particulière au trombone solo de Matteo de Luca ainsi qu’un pupitre de cors aux aguets ! Les scansions des cuivres sont particulièrement bien servies par les accents splendides de trompettes rutilantes et superlatives.

Inévitablement la comparaison se fait avec des interprétations marquantes telle que celle, plus humaine, d’Armin Jordan, et plus près de nous, celle de Charles Dutoit qui avait illuminé le Festival de Montreux l’an passé avec le Royal Philarmonic Orchestra offrant un Sacre tendu, criant d’une urgence unique, plein d’ombres et faisant moins ressentir l’ossature et les contours techniques.

Ce soir, on a entendu une musique très bien rendue mais nous sommes passé à côté de cette œuvre théâtrale et incantatoire qui tour à tour vous murmure et vous crie à l’oreille. Le Sacre est le point de rupture entre un avant et un après, et également une œuvre à mi-chemin entre tripes et âme. Ce soir, on aura plus ressenti les tripes.