Pour leur troisième soir de représentation, les musiciens de l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia et Ton Koopman ont offert au public de l’Auditorium Parco della Musica une performance du Messie de Haendel faite de rigueur et de complicité.

Ton Koopman © Artists Management Company
Ton Koopman
© Artists Management Company

Un effectif orchestral réduit permet de faire ressortir des timbres particuliers. Ce fut le cas, entre autres, de l’orgue qui a assuré avec brio la basse continue d’un bout à l’autre de l’œuvre ainsi que de la première trompette qui s’est illustrée dans de très beaux jeux de nuances par un son clair dénué de tout tremblement à l’occasion des nombreux solos de la troisième partie. Les chefs de pupitre aux cordes ont également été mis en avant, lors du numéro 17 où les quatre musiciens ainsi que l’organiste étaient seuls à soutenir l’intervention du chœur. Les violoncelles et contrebasses ont brillé lors d’échanges privilégiés avec le chœur dans les deuxième et troisième parties. Arriver à un tel niveau de maîtrise du matériau musical nécessite plus que du travail. Cela nécessite une complicité, magnifiquement partagée ici par Ton Koopman et aux musiciens de l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia tout au long du concert.

Les quatre chanteurs solistes ont eux aussi profité de ce concert pour faire rimer musicalité et plaisir. Si la voix du contre-ténor (Maarten Engeltjes) manquait un peu de projection et de tenue par rapport à l’orchestre dans sa première intervention et que la basse (Klaus Mertens) a manqué de souffle dans son dernier solo, leur prestation globale était agréable et bien menée. L’expressivité dont a fait preuve le ténor, Tilman Lichdi, a donné à ses solos une dimension très vivante et divertissante. Quant à la performance de Yetzabel Arias Fernández, elle a tout simplement emporté l’assemblée dans des mélismes dont elle savourait elle-même les envolées. On la sentait à l’aise, elle aurait même pu aller plus loin et projeter sa voix avec plus de puissance, mais elle respecta les nuances avec rigueur et conserva l’équilibre délicatement établi entre elle et l’orchestre.

L’enchaînement de la cinquantaine de numéros constituant le Messie s’est effectué dans la plus parfaite fluidité. Même l’entracte, placé au milieu de la deuxième partie de l’oratorio, n’a pas altéré l’unité et l’équilibre global de la performance. Les quelques numéros coupés par choix dans la troisième partie de l’oratorio n’ont en rien entaché l’équilibre global. Au contraire, cela a permis de donner plus de présence à des passages véritablement grandioses. L’interprétation du numéro 46 par le chœur a cappella était un moment suspendu où le chef et ses musiciens sont arrivés à transmettre en un instant, l’essence de la musique, une bulle de beauté.  

Tout au long de l’oratorio, la gestion précise des accroches en début de phrase, notamment dans les passages fugués, était manifeste de la qualité de l’entente entre le chef, le chœur et l’orchestre. Cette rigueur était par-dessus tout au rendez-vous dans les codas de chacune des trois grandes parties de l’œuvre où Koopman s’est amusé à prolonger les silences venant s’immiscer juste avant les cadences parfaites ; comme pour faire durer le plaisir et pour retenir, aux seuls mouvements de son poignet, le souffle des musiciens comme celui du public, conquis par tant de complicité.

 

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