Invité pour la première fois par l’Opéra de Paris, l’English National Ballet a dansé à Garnier une version virtuose et enjouée du Corsaire, ballet classique inspiré du poème The Corsair de Lord Byron. Si la chorégraphie tumultueuse et la mise en scène clinquante du Corsaire n’ont rien de remarquable, le public parisien a généreusement ovationné les solistes de la compagnie, et particulièrement Tamara Rojo (actuelle directrice de l’English National Ballet) ainsi que les jeunes danseurs Isaac Hernández et Cesar Corrales.

Tamara Rojo and Isaac Hernández © Ula Blocksage | Opéra national de Paris
Tamara Rojo and Isaac Hernández
© Ula Blocksage | Opéra national de Paris

Après une belle carrière de principal au Royal Ballet, la danseuse d’origine espagnole Tamara Rojo a pris la tête de l’English National Ballet en 2012. Tout en continuant de se produire en tant qu’interprète, Tamara Rojo semble être parvenue à donner un nouveau souffle à la compagnie, en recrutant de jeunes artistes à fort potentiel et en renouvelant son répertoire avec de nouvelles productions. Commandé par Tamara Rojo à la chorégraphe Anna-Marie Holmes et au scénographe Bob Ringwood, Le Corsaire met admirablement en valeur les qualités techniques des solistes, confinant cependant un corps de ballet plus disparate dans un rôle limité.

Très librement inspiré du poème de Lord Byron, le ballet du Corsaire, imaginé par Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges et chorégraphié par Joseph Mazilier, voit le jour dans le Paris des années 1856, teinté de fascination orientaliste. La partition est alors confiée à Adolphe Adam. Epris de Médora, la pupille d’un marchand d’esclaves vendue à un pacha, le Corsaire se lance dans une aventure rocambolesque pour la libérer, réchappant à une tentative de mutinerie dans son propre équipage. L’action est enlevée, la danse technique, quoique parfois dépourvue de subtilité, et les thèmes musicaux s’égayent dans une mise en scène aussi grandiloquente que burlesque. Le Corsaire s’achève pourtant de façon surprenante sur le naufrage impromptu des héros, sortis vainqueurs des tourments du monde des hommes mais rattrapés par une nature déchaînée, dont seul l’amour survivra. Le ballet devient rapidement incontournable et voyage en Russie, où il bénéficie de nombreux ajouts tant chorégraphiques que musicaux – la partition actuelle recensant près d’une dizaine de compositeurs parmi lesquels Léon Minkus et Léo Delibes.

Tamara Rojo © Ula Blocksage | Opéra national de Paris
Tamara Rojo
© Ula Blocksage | Opéra national de Paris
Ce n’est cependant pas la chorégraphie réadaptée par Anna-Marie Holmes que l’on retiendra de la soirée. L’enchaînement de variations purement techniques semble un exercice de style peu raffiné, qui échoue à donner du caractère aux personnages. Le Corsaire n’a ainsi pas la couleur propre ni la singularité de style de d'autres ballets classiques tel que La Sylphide ou La Bayadère. 

Reste alors à apprécier les prouesses techniques des artistes, et en particulier celles des solistes, rompus à l’exercice après de nombreuses tournées. Leur enthousiasme, plein de verve, est cependant inhabituel pour les spectateurs parisiens, coutumiers d’un jeu plus réservé. Mais le public n’a pas boudé son plaisir lors des périlleuses variations de l’acte II. Malgré sa carrière crépusculaire que trahissent des sauts un rien essoufflés, Tamara Rojo demeure une véritable technicienne des tours, internationalement connue pour ses fouettés virtuoses et son style impérieux. Véritable révélation, le tout jeune Cesar Corrales, dans le rôle d’Ali l’ami du Corsaire, a déclenché les plus fervents applaudissements grâce à des sauts déchaînés, volant la vedette au pourtant solaire Isaac Hernandez.