Coup de théâtre pour l’ouverture de la saison baroque dans l’auditorium de Radio France : le contre-ténor Alex Potter indisposé est remplacé quelques heures avant le concert par David DQ Lee et celui-ci déclare forfait au milieu de la représentation, définitivement aphone. Présente dans le public, la jeune mezzo-soprano Adèle Charvet se trouve propulsée sur la scène et devient le temps de quelques airs (et un duo) le vrai Messie de la soirée : le timbre d’une richesse capiteuse et le phrasé sensible resteront durablement dans les mémoires.

Adèle Charvet © Alice Pacaud
Adèle Charvet
© Alice Pacaud

Il en sera de même pour l’excellente prestation de la soprano Caroline Jestaedt, dont la couleur vocale et l’engagement évoquent de manière fugace la Barbara Schlick des grandes années. La belle ligne dans les airs lents et la facilité dans la vocalisation acrobatique de « Rejoice greatly » ne masquent jamais l’attention accordée au mot. On saluera la courte mais valeureuse prestation de David DQ Lee, hélas gêné par la tessiture de « O thou that tellest » et peu à l’aise dans les vocalises de « For he’s like a refiner’s fire ».

Côté masculin, Stephan MacLeod se glisse avec aisance dans un rôle aussi familier que l’ensemble de l’ouvrage qu’il a souvent dirigé. Son « The trumpet shall sound » est incarné et solaire, et les vocalises de « Why do the nations » élégamment négociées. S’économisant sensiblement dans « Every valley », le ténor britannique David Webb est certainement plus convaincant dans l’expressif « Behold and see » ; le timbre est constamment séduisant, d’une couleur idéale pour ce répertoire.

Le chœur de La Chapelle Harmonique ne mérite que des éloges, même si le pupitre des ténors est sensiblement en retrait sur le plan du timbre et de l’agilité. Doté d’une formidable capacité de survie, il réussit à suivre des tempos effrénés sans trop sacrifier les vocalises rapides. L’orchestre composé pour l’occasion de spécialistes du répertoire (dont le premier violon de Concerto Köln, Jesus Merino) offre des proportions parfaites et une pâte sonore plus épanouie dans la seconde partie, Valentin Tournet lâchant la bride et laissant la connexion s’établir entre les musiciens.

Côté direction du phrasé, formes de notes, tension harmonique, le vocabulaire et la faculté à le communiquer sont plutôt rudimentaires chez le jeune chef (« He gave his back to the smiters »). Le tempo n'est pas des plus stables sous sa battue : la polyphonie rapide, plus congestionnée qu'énergique, ne résistera pas aux curieuses accélérations qui marquent les premières entrées des chœurs et les décalages s'avèrent régulièrement dangereux, depuis les doubles croches de « Why do the nations » aux croches andante de « Comfort ye ». Sans doute faute de temps de répétition, les équilibres sont largement perfectibles, les basses livrées à elles-mêmes débitant un accompagnement brut de décoffrage.

Côté rhétorique musicale, il y a sans doute des voies à explorer : la fausse bonne idée du détaché dans « And with his stripes », le trépignement absurde du « Lift up your head » ou les flottements du « Let us break their bonds asunder » mériteraient un retour à des exemples passés dans le champ des interprétations historiquement informées ; l'avenir comblera certainement les lacunes du jeune ensemble.

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