Pour sa 71e édition, le festival de Menton a choisi, le temps d’une soirée hors du temps, de s’aventurer en terres baroques auprès de l’éminente personnalité de William Christie, à la baguette des Arts Florissants. Une représentation placée sous le signe de la confidence, à l’image des capacités d’accueil restreintes en raison de la situation sanitaire.

William Christie et Les Arts Florissants © Catherine Filliol
William Christie et Les Arts Florissants
© Catherine Filliol

En cette soirée estivale, les « petites formes » sont mises à l’honneur : exeunt grands opéras et autres oratorios, et place aux motets, pièces dont la durée réduite n’entrave nullement l’éloquence.

Le concert s’ouvre sur l'Insere Domine de Campra, issu du premier livre du compositeur français. On y découvre un Reinoud van Mechelen au timbre suave, ayant opté pour une interprétation sobre et sincère. En préférant une diction claire et articulée, ponctuée d’appuis dynamiques placés sur les consonnes du texte, le chanteur fait preuve d’une solide maîtrise du style français. Au fil des pièces, la voix du haute-contre témoigne d’une affirmation grandissante : malgré des débuts timides, la projection vocale de l’artiste apparaît par la suite nettement plus assurée. Loin de rester placide aux multiples passions dont regorge le texte, le soliste adopte une posture mouvante, propre à l’incarnation la plus juste. Ses appuis fermes sur ses muscles fléchisseurs donnent à son phrasé la vigueur qu'il requiert.

Si la voix sert l’esprit du livret, les passages instrumentaux (« La Piémontaise » des Nations de Couperin) brillent de vitalité lors les changements rapides d’atmosphère. Les dialogues instaurés entre les flûtes (Anna Besson et Serge Saitta) relèvent d’une qualité d’écoute notable, tandis que les violons (Liv Heym et Patrick Oliva) incarnent avec brio les lignes mélodiques aux inflexions vocales. Le continuiste (William Christie), tantôt accolé à l’orgue, tantôt au clavecin, manifeste un engagement remarquable, nécessaire au déploiement des capacités expressives de l’instrument. Bien qu'elle se montre parfois en retrait dans les tutti, la viole de Ronan Kernoa ressort cependant lors des cellules mélodiques animées, rendant de la sorte, l'effet contrastant d'autant plus appréciable.

William Christie et Les Arts Florissants © Catherine Filliol
William Christie et Les Arts Florissants
© Catherine Filliol

Après avoir parcouru les différentes facettes du parlé français, Mechelen s’attache à rendre hommage aux parties italianisantes. Ainsi réalise-t-il, au cœur de cette ville frontalière, un heureux mariage des goûts. L’acoustique désormais apprivoisée, les vocalises virtuoses et théâtrales du Regina Coeli Laeterare de Charpentier reçoivent une franche ovation de la part de l’audience.

Entre chaque ouvrage, les violons anciens, dont la facture semble souffrir des conditions climatiques, nécessitent un nouvel accordage. Il n’empêche, le spectacle se poursuit avec « la Française » issue des mêmes Nations de Couperin. Notre claveciniste et chef d’orchestre déploie pour l’occasion toute l’étendue de sa dextérité, insufflant à l’ensemble une ossature ferme et solide.

Concordance des événements, l’ultime pièce proposée ce soir résonne tristement avec l’actualité : le Florete Prata de Campra chante les amours pastorales d’un fiancé libanais. Engagés, les instruments se plient à l'incarnation alerte du haute-contre, devenu, le temps d'un concert, véritable conteur des adorations les plus intenses.

En garantissant une primauté du texte à toute épreuve, cette interprétation naturelle et intimiste se présente assurément comme un temps fort de la 71e édition du festival de Menton.

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