Lendemain de fêtes russo-genevoises, toujours au Victoria Hall, l’Orchestre National de Russie sous la direction de Mikhail Pletnev proposait l’Ouverture-fantaisie « Roméo et Juliette »  puis les Variations Rococo de Tchaïkovski, ainsi que les Saisons de Glazounov qui nous conviaient dans un salons de l’un de ces palais de la Russie Impériale éternelle. Deuxième soirée du marathon russe à Genève donc et, pour fêter le dégel et l’arrivée du printemps, l’Orchestre National de Russie était accompagné de Lionel Cottet, jeune prodige genevois du violoncelle : découverte d’un talent déjà reconnu.

Lionel Cottet © Vera Markus
Lionel Cottet
© Vera Markus

C’est avec la roborative Ouverture-fantaisie « Roméo et Juliette » que nous prenons contact avec ce bel orchestre dont la flûte solo, d’une pâleur totale, fit émerger un univers de désolation: frisson garanti ! La direction de Mikhail Pletnev offre un geste extrêmement précis, dirigeant avec ou sans baguette, suscitant des gestes significatifs de couleurs, des atmosphères, des ruptures de tempi. On peut souligner un pupitre de cors extrêmement homogène, des cuivres pléthoriques et des trompettes de vif-argent à la justesse acérée. 

Formé à Genève par François Guye, puis auprès de Clemens Hagen au Mozarteum de Sazbourg ainsi qu’à Zurich dans la classe de Thomas Grossenbacher, le violoncelliste genevois Lionel Cottet a obtenu récemment un poste à l’Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise de Mariss Jansons, l'une des plus prestigieuse phalange européenne, après avoir décroché un poste à l’Orchestre de Chambre de Lausanne. C’est avec les Variations Rococo et le plaisir de cette mélodie simple offerte par Lionel Cottet que la mayonnaise prit totalement.

Le thème fut exposé simplement par le soliste avec sa juste dose de relâché, un vibrato discret soulignant l’émotion et privilégiant l’expressivité à la justesse pure. Ainsi, conviés ce soir-là dans le salon de Messieurs Cottet et Pletnev, nous nous sommes gentiment allongés dans ses fauteuils confortables et avons savouré le bonheur de musiques qui s’écoulent sereines et suaves offrant une foule d’émotions. Les pizzicati de l’orchestre furent délicieux, et dans les dorures sombres du Victoria Hall, le violoncelle put mener le bal avec une grâce totale. La variation Andante fut ourlée d’un romantisme à couper le souffle, flûte et clarinette relayant le sensible discours de mille et une prudences et délicatesses assurant un moment d’une justesse absolue. Ce jeune soliste ne manquera pas de nous ravir dans les années futures d’une carrière que l’on sent déjà portée par un sens musical et une sensibilité rayonnants, quant à la projection, elle gagnera encore un peu plus d’ampleur, avec l’expérience, laissant d’ores et déjà les auditeurs pantois.

Les Saisons d’Alexandre Glazounov proposèrent des musiques plus que brillantes, recourant à l’utilisation assez récurrente du triangle et des flûtes en grelots étincelants ! Le chef maîtrise les équilibres à merveille et obtient une foule de dynamiques, les ritenutos sont amenés avec souplesse, la musique pouvant s’écouler gracieuse, dans une onctuosité sans égal tant les phrasés sont aboutis et réfléchis. Il fallait simplement écouter les contrebasses pour s’en convaincre. Des innombrables scènes, une foison d’atmosphères, de la plus militaire à la plus intime… Chatoyant, ronflant ou souriant, l’Orchestre National de Russie a offert une leçon de musicalité et une émotion tout simplement admirables.

Ainsi, de ce périple de deux soirées en terres russes, on aura pu apprécier la profondeur et la justesse de la phalange russe qui nous donna à entendre un équilibre d’orchestre magnifique rehaussé par un Lionel Cottet sensible et talentueux : chapeaux bas les artistes !