En avril, le concert de l'Orchestre Symphonique de Mulhouse pour la saison 2016-2017 a proposé un programme quelque peu bouleversé par l'absence, pour raison de santé, du violoniste Nemanja Radulovic vivement attendu cependant par le public après son exceptionnelle prestation d'il y a quelques mois à Mulhouse. Toutefois, l'orchestre et les deux invités, le violoniste Lorenzo Gatto en remplacement et le chef italien Paolo Arrivabeni ont su effacer les regrets grâce à leurs impressionnantes qualités dans Beethoven, Bach et Dvorak.

Initialement, une partie du programme élaborée pour le violoniste Nemanja Radulovic prévoyait la rencontre entre deux œuvres, le Concerto pour violon et orchestre en la mineur, BWV 1041 de Johann Sebastian Bach et le Concerto en ut mineur pour alto de (ou à la manière de) Johann Christian Bach (ré)écrit par Henri Casadesus. Ce regard intéressant sur le maître de Leipzig et sur  sa postérité n'a toutefois pas pu être posé du fait de l'indisponibilité de Nemanja Radulovic pour raison de santé. Cependant, le violoniste Lorenzo Gatto appelé in extremis a joué une partie de ce programme, le Concerto BWV 1041 de J.-S. Bach auquel il a ajouté la Romance pour violon et orchestre n° 2 en fa majeur op. 50 de Beethoven. Le concert introduit par l'Ouverture des Ruines d'Athènes op. 113 de Beethoven s'est achevé sur la Symphonie n° 8 en sol majeur op. 88 d'Antonin Dvorak.

Si les violoncelles et les contrebasses ont pris quelques instants pour trouver pleinement leur assiette au début de l'Ouverture des Ruines d'Athènes, l'ensemble, cordes et vents, a ensuite réalisé une belle unité, d'une riche sonorité autour des remarquables interventions du hautbois en particulier. Le basson et les autres vents ont parfaitement interprété leur partie tandis que les reprises tutti du thème ne manquaient pas d'élégance.

La Romance n°2 de Beethoven par Lorenzo Gatto a semblé saisir l'esprit tant du public que des musiciens de l'orchestre qui se sont laissé porter par la finesse des nuances, la subtilité des rythmes et l'agilité du soliste. La pièce est relativement brève mais ses variations sont suffisamment complexes pour permettre d'apprécier le talent d'un virtuose dont l'étonnant naturel n'a cessé de charmer.

Avec le Concerto pour violon BWV 1041 de J.-S. Bach, l'Orchestre Symphonique de Mulhouse était ramené à ses seules cordes. Globalement, il s'est appliqué à maintenir une relation aussi équilibrée que possible avec le soliste. Toutefois, il se peut que la  préparation plus ou moins perturbée de ce concert n'ait pas complètement permis aux musiciens de s'harmoniser avec Lorenzo Gatto. D'où un léger décalage, parfois, l'orchestre restant alors un peu en deçà du soliste en matière de nuances et de valeur expressive, notamment lors du deuxième mouvement. Quoi qu'il en soit, le soliste a fait appel à tout son talent de virtuose : des attaques d'une précision et d'une aisance parfaites, un contrôle sans défaut des intensités, de leurs variations, de leur empreinte sur les sens, une habileté technique passant pour de la facilité. Lorenzo Gatto a montré, s'il en était besoin, l'étendue de ses qualités de jeune et grand soliste.

On retrouve l'orchestre au complet pour la Symphonie n° 8 en sol majeur op. 88 de Dvorak. La flûte solo énonce de manière claire et déliée, après les premières mesures, le motif qui réapparaîtra sous diverses formes au cours du mouvement. Les développements confiés aux pupitres ou bien tutti révèlent une belle qualité et une belle cohésion de l'ensemble sous la conduite attentive de Paolo Arrivabeni. On remarque le petit passage notoirement réussi du tremolo crescendo des cordes dominées dans l'aigu par les flûtes. L'architecture de l'Adagio apparaît avec une grande netteté, chaque pupitre ayant, à tour de rôle, eu le soin de mettre en valeur, avec son timbre propre, le thème ou une partie du thème aussitôt développé par l'orchestre.

Satisfaction prolongée par le beau mouvement de valse qui suit. La direction du chef se montre efficace dans les attaques tandis que les cordes impulsent le rythme avec assurance et entrain, brillant jusque dans le registre le plus élevé des violons. Le hautbois accompagné de la flûte remplit parfaitement le rôle majeur qui lui est dévolu dans l'annonce puis le développement du second thème. L'effet assez inattendu de la coda est bien ménagé, le tempo s'animant, le volume augmentant jusqu'au fortissimo avant l'accord final pianissimo venant mourir aux cordes. Contrastant avec lui, une sonnerie de trompettes à laquelle les instrumentistes donnent un riche éclat ouvre le dernier mouvement. Les nombreuses variations qui constituent ce mouvement mettent une dernière fois en lumière les qualités d'un orchestre qu'une collaboration fructueuse avec le chef invité, Paolo Arrivabeni porte aux premières places des formations de l'Est de la France. Il est également juste d'adresser un salut particulier au timbalier très sollicité ; sa présence, son énergie et sa rigueur méritent d'être soulignées.

Le public n'a pas ménagé ses acclamations obtenant en retour un bis du dernier mouvement de la symphonie de Dvorak. De même, auparavant, le violon de Lorenzo Gatto retenu par des applaudissements nourris avait proposé un extrait magistral de la Sonate n°1 pour violon de Bach puis, dans un registre différent, les enthousiasmantes Variations sur le Carnaval de Venise, op. 10 de Paganini avec la complicité des cordes de l'orchestre.