Après près de trente ans, Maguy Marin est de retour à l’Opéra de Paris avec Les applaudissements ne se mangent pas, une chorégraphie conçue en 2002 pour la Biennale de la Danse de Lyon qui avait pour thème « Terra Latina ». Création engagée, Les Applaudissements ne se mangent pas évoque les rapports de domination politiques, sociaux et économiques en Amérique Latine, résultant des dictatures modernes et des dérives de la mondialisation.

Les applaudissements ne se mangent pas, Ballet de l'Opéra national de Paris © Laurent Philippe | Opéra national de Paris
Les applaudissements ne se mangent pas, Ballet de l'Opéra national de Paris
© Laurent Philippe | Opéra national de Paris

Tirée du recueil Ser como ellos y otros artículos, de l’essayiste uruguayen Eduaordo Galeano, l’énigmatique formule « les applaudissements ne se mangent pas » est le point de départ d’une réflexion polémique sur les effets du néocolonialisme occidental et du libéralisme mondialisé. Maguy Marin, représentante depuis les années 1970 de la Nouvelle Danse Française, s’empare ainsi du titre et de la thèse d’Eduardo Galeano en mettant en scène ces nouveaux mécanismes de domination.

Sur une scène vide, entourée par trois rideaux de plastique rayés aux couleurs chaudes, huit danseurs entrent et sortent, se rencontrent et se bousculent dans des confrontations souvent conflictuelles. Formant de nombreuses pyramides à l’équilibre instable, les corps se tendent, se soumettent, apathiques, comme assujettis à des forces extérieures et subies, avant de s’effondrer et d’être évacués dans un silence pesant.

Malgré un propos éminemment politique, Les Applaudissements ne se mangent pas reste une création abstraite qui, sans explication de texte, n’évoque pas explicitement l’Amérique Latine et ses problématiques. Ni la danse, ni les costumes et le décor, ni la bande-son bruitée de Denis Mariotte n’en donnent la saveur. Plus équivoque encore, le manque d’expressivité des interprètes, que l’on ne peut imputer aux danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris, crée une certaine distance avec le public. On devine évidemment que ce détachement exigé par Maguy Marin a pour but de montrer la dissimulation et l’inertie sociale face aux nouvelles formes de violence qui caractérisent les sociétés modernes. La chorégraphie pâtit pourtant drôlement de ce parti pris artistique, aussi intelligent soit-il, et de cette distance, qui créent une véritable rupture avec le public.

Dans la droite lignée des travaux de Maguy Marin, Les Applaudissements ne se mangent pas fonctionne de plus dans la répétition du geste et dans une dynamique très statique. D’à peine plus d’une heure, la pièce en paraît ainsi durer trois car dès les premières secondes, tout est jeté : une chorégraphie itérative doublée d’une scénographie immuable. Le niveau d’intensité reste également constant, sans que des nœuds se forment ou se démêlent. Les Applaudissements ne se mangent pas ne comporte pas non plus de chute et s’éteint progressivement dans la répétition d’un même motif dansé par un nombre décroissant de danseurs.

Malgré les efforts sur la gestuelle déployés par les danseurs, dont notamment Vincent Chaillet, Les Applaudissements ne se mangent pas reste donc une pièce assez aride qui peine à impliquer le public, un véritable regret pour une pièce engagée !