Quel plaisir de retrouver Marek Janowski à la tête de l'Orchestre Symphonique de la Radio de Berlin, pour un programme entièrement germanique autour de Beethoven et Bruckner dont le maestro connait toute les ficelles et les chausse-trapes !  

Marek Janowski © Felix Broede
Marek Janowski
© Felix Broede

En première partie, rien de tel qu’une revigorante Symphonie n°8 de Beethoven, attaquée dans un vif Allegro vivace e con brio ! L'interprétation est si animée que l'on serait presque en droit de se demander si Marek Janowski n’a pas abusé de caféine ce jour-là. Cependant tout est globalement bien fondu et parsemé de ralentissements particulièrement bien amenés. On aura pu, ça et là, noter les nombreux éléments éruptifs forte-piano traités de manière assez drue : ce Beethoven sera juvénile et testostéronné ! Le bloc cors, trompètes, timbales sonne percussif, coloré et bien unifié et mis à part quelques attaques de cors dérapantes, ce mouvement sera vendu tambour battant. L’Allegretto scherzando offre de beaux équilibres dans une belle souplesse au juste dosage énergétique, et le Finale clôt cette symphonie dans les ardeurs de direction d’un chef décidément bien adolescent, au moyen de tempi haletants. Cette symphonie « a de la gueule » et l’orchestre a brillé particulièrement de ses cordes très unifiées.  

En deuxième partie, Marek Janowski nous a présenté une vision fraîche et haletante de la Symphonie n°3 en ré mineur, dite « Wagner », s’ouvrant sur un motif perpétuel de cordes pianissimo. Les dynamiques sont très bien amenées, les transitions sont souples, on sent bien les multiples références à la descente du Rhin du Crépuscule et ainsi qu'à d'autres œuvres du maître de Bayreuth. Cette musique parle de manière héroïque et opératique de manière magistrale.

L'interprétation est pleine d’énergie, et on ne peut qu’être saisis de la qualité des cordes, fondues et colorées. Mentionnons les timbales très subtiles qui auront su doser savamment leurs effets. On regrette tout au plus certains passages à vide à la clarinette, et un hautbois solo difficilement audible, à la sonorité peut-être trop uniformément colorée.

L’Adagio fait évidemment penser aux très beaux passages intériorisés de Lohengrin, l’apaisement central est abordé sereinement, la fluidité des basses est souveraine, le tapis des cordes onctueux. Malgré les quelques approximations de justesse des cors, l’ensemble des cuivres fait montre de beaucoup de tenue et d’une verte vigueur : un son de vif-argent caractérise ces trompètes étincelantes, ces trombones souverains, sans pour autant couvrir le tapis de cordes caractérisé par des pizzicati moelleux, des dynamiques bien amenées sans être surlignées de pesanteurs.  Le final, débuté pianississimo, s’épanouira solaire et crépusculaire. Marek Janowski nous aura mené à travers cette œuvre avec un plaisir patent, tout en lui évitant une certaine grandiloquence.