C’est un des plaisirs du critique que d’assister à l’éclosion d’un nouveau talent, et Marie-Ange Nguci en est un. Elle n’a pas vingt an mais possède déjà une griffe, une sonorité : moelleuse et engourdissante, une qui glisse et ondoie dans le texte avant de décocher quelques puissantes basses ! Sur scène, c'est une présence studieuse parée d'une once de mystère.

Marie-Ange Nguci © Julien Hanck
Marie-Ange Nguci
© Julien Hanck

On a écouté à genoux sa Chaconne de Bach-Busoni : comment décrire l’aplomb, la grandeur de ce piano qui envoûte tout sur son passage, insensible aux provocations de cette partitions aux clins d’œil solliciteurs ? Que dire également, de cette main de fer cachée dans des gants de velour, la souplesse exceptionnelle du bras, la détente des épaules ? Et pourtant, il lui suffit d’effleurer les aigus pour installer aussitôt un silence sacré dans la salle.

On la suit volontiers dans ces Litanies de l’Ombre (Escaich) aux rapides alternances d’humeurs, au cours desquelles la pianiste, en transe, se laisse balloter par la musique, respirant de tout son corps au rythme de l’œuvre. Aidée par une intelligence lumineuse des textes, elle réussit la prouesse de construire le Final du Prélude, Aria et Final, qui compte parmi les pages les plus fuyantes de César Franck. Marie-Ange Nguci ne donne à aucun moment l’impression de forcer. Elle n’est pas davantage préoccupée par le besoin permanent d’avancer et n’hésite pas à élargir la respiration, le temps de faire pleinement sonner certains accords. Suit une Ondine à la psyché complexe, aussi bien capable de lentes éclosions que d’effarouchements subits. Ici,  c'est une prose qui s’autorise de petites digressions expressives, des inflexions poétiques, au point parfois de manquer légèrement de conduite (on aurait aimé dans ses Ravel une plus nette découpe des phrasés). Oserait-on suggérer à la pianiste, aimant côtoyer l'extrême, de ne pas en oublier la richesse des dynamiques médianes (mezzo forte et mezzo piano), solution de continuité qui lui permettrait par moment de raccorder plus logiquement certaines humeurs opposées ?

Musicienne, inspirée, exigeante et déterminée Marie-Ange Nguci est à suivre de très près !

Marie-Ange Nguci © Julien Hanck
Marie-Ange Nguci
© Julien Hanck