Marie-Nicole Lemieux et le chef Enrique Mazzola nous proposent deux concerts autour de Rossini à quelques jours d'intervalles, les 2 et 5 Décembre à l'Opéra Berlioz de Montpellier. Quelle cohérence musicale saisissante en découvrant que l'on nous propose quatre ouvertures communes sur … quatre pour ces deux concerts ! Autrement dit, vous venez de découvrir comment l'on peut proposer deux concerts aux intitulés différents à un même public avec cent pour cent des pièces pour orchestre en commun. Ne peut-on faire plus subtil en ces temps économiquement difficiles ?

Marie-Nicole Lemieux © Denis Rouvre - Naïve
Marie-Nicole Lemieux
© Denis Rouvre - Naïve
La raison se trouve peut-être ailleurs. En effet, l'orchestre de Montpellier se voit doté d'une chance exceptionnelle compte-tenu de ses difficultés économiques : les deux concerts sont enregistrés en live sous le label Erato chez Warner avec une sortie prévue en janvier 2017. Un double enregistrement permet ainsi de multiplier les prises de son. Cependant lorsque nous entendons les récurrentes imprécisions de départ, de justesse rythmique, nous nous demandons si deux enregistrements en live pourront suffire pour masquer les faiblesses de rigueur et de volonté de l'orchestre. Car c'est bien là le problème : malgré des musiciens aux capacités incontestables, l'orchestre ne tente pas de saisir sa chance en se mobilisant pleinement et en développant une écoute rigoureuse tout en essayant d'être à l’affût des indications de direction, une requête qui peut nous sembler élémentaire… Les musiciens de l'Orchestre de Montpellier peinent à suivre cette nécessaire dynamique propre à la virtuosité de l'écriture de Rossini. L'ensemble des effets spéciaux, dont est remplie la musique dramatique de Rossini, se révèle essoufflé, sans aboutissement en raison de l'absence de contrastes saisissants et d'un manque prégnant d’exubérance de la part des instrumentistes alors que Marie-Nicole Lemieux leur en donnait l'exemple à quelques mètres devant eux.

Bien heureusement la voix de Marie-Nicole Lemieux, accompagnée de la voix merveilleuse de Julien Véronèse dont l'assurance et le jeu sont pleinement convaincants, vient redorer l'ensemble du programme. D'une présence scénique remarquable, tout en contraste avec la présence musicale de l'orchestre, Marie-Nicole Lemieux est accompagnée par l'excellent chef Enrique Mazola qui est en totale corrélation avec l'esthétique et la virtuosité rossinienne. Le partenariat avec Enrique Mazzola, spécialiste du bel canto, se révèle d'une grande cohérence et parfait les ingrédients nécessaires à la réussite d'un tel projet artistique.

Malgré la voix remarquable de Marie-Nicole Lemieux, nous nous sentons véritablement transportés seulement à deux reprises. Dans un premier temps lors de l'interprétation de « Una voce poco fa » extrait du Barbier de Séville, Marie-Nicole Lemieux nous dévoile une voix d'une grande richesse harmonique, au timbre clair qui lui permet de gagner en précision et en subtilité. En effet, trop souvent au cours du récital, la Diva se retrouve face à la virtuosité néfaste des vocalises rossiniennes dont la réalisation pêche parfois en précision. Dans un second temps, lors du premier bis, dédié à l'ensemble des français, « O patria ! Ingrate e dolce patria ! » extrait de Tancredi, la contralto est envahie d'émotion et parvient à nous saisir. Cependant, trop souvent au cous du récital, la projection des aigus peut être agressive et demanderait à gagner en détente.

Sa présence scénique et son jeu théâtral maîtrisé sont remarquables. Cependant, ce dernier se voit complètement bridé et dévalorisé par une présence continue du pupitre avec partitions, une surprise décevante et intrigante d'autant plus qu'elle nous démontre qu'elle n'en a nullement l'utilité. Autrement dit, elle nous présente une façon de se dévaluer en construisant une barrière notable pour le jeu dramatique et la communication scénique avec le public.

C'est donc à un concert marqué par des contrastes saisissants auquel nous avons assisté. Malheureusement, ces contrastes ne sont pas ceux normalement constitutifs de la musique de Rossini : un chef et une contralto véhiculant un amour saisissant pour ce répertoire, en contraste avec certains musiciens de l'Orchestre de Montpellier apparemment démobilisés.