Nous n’aurons eu d’yeux que pour elle ! Marie-Nicole Lemieux, star des contraltos a choisi Montpellier pour enregistrer (en live) son nouvel album autour d’un programme uniquement consacré à Rossini.

Marie-Nicole Lemieux © Denis Rouvre - Naïve
Marie-Nicole Lemieux
© Denis Rouvre - Naïve
Marie-Nicole Lemieux est une personnalité à part entière qui s’affirme par son charisme rien qu’en entrant en scène. Dotée d’une personnalité artistique hors norme, on ne peut lui reprocher de la revendiquer lors de ses récitals. En effet, là où certains de ses collègues sont parfois insignifiants, Marie-Nicole Lemieux ne laisse jamais indifférent et marque forcement les esprits. Alors que tous ses fans se rassurent, ce soir, elle a encore sorti le grand jeu.

Graves poitrinés à l’extrême, sauts de registre clairement audibles, quelques ports de voix, musicalité exubérante, articulation irréprochable et sens du texte exemplaire sont depuis longtemps la marque de fabrique de la contralto canadienne.

Mais attention cependant à l’overdose en fin de concert. Car, en effet s’il est plaisant d’écouter et de voir une chanteuse qui se fait visiblement plaisir sur scène et qui le fait savoir ; plus de retenue et de simplicité auraient été bienvenues. Dans l’air « Oh Patria » de Tancredi elle montre qu’elle en est capable et ouvre le concert de la meilleure des manières. Le texte est très subtilement mené et les nuances joliment utilisées. En clôture, l’Italienne à Alger lui offre un rôle sur mesure. Jouer une sorte de diva capricieuse qui ne souhaite pas se laisser dicter sa loi lui va comme un gant. De manière générale, on attendait un peu moins, ou alors un peu plus, mais dans un autre registre. On espérait un Rossini plus délicat, plus élégant, moins surjoué peut-être. 

Marie-Nicole Lemieux a choisi Patrizia Ciofi pour échanger deux duos (Tancredi et La Gazza Ladra). Et on comprend pourquoi. Les deux femmes donnent à entendre des ensembles d’une superbe homogénéité. Ce duo Lemieux/Ciofi, très équilibré, très à l’écoute l’une de l’autre permet de mettre en valeur, de la plus belle des manières, ces ensembles féminins dont Rossini a le secret. L’adéquation vocale est idéale et les deux chanteuses parviennent à nous toucher par leur fraicheur, leur musicalité et le bonheur qu’elles ont de chanter ensemble. En guise de bis, Ciofi et Lemieux nous offrent un Duo des chats exquis de drôlerie et de raffinement. Probablement (et c’est dommage) le numéro le plus réussi de la soirée.

Enrique Mazzola, dirigeant la formation montpelliéraine, nous propose de son côté quatre ouvertures (Tancredi, Guillaume Tell, Cenerentola, L’Italiana) dont nos oreilles se seraient peut-être passées. Mis à part le solo de violoncelle et de hautbois d’amour dans Guillaume Tell, les musiciens solistes de la formation déçoivent trop souvent par un manque de précision et de travail du détail. Les cordes, particulièrement les violons, hier si homogènes, apparaissent ce soir pour le moins indisciplinés. Les attaques sont aléatoires et affectent la précision de l’ensemble. Concernant la direction musicale, elle ne nous a pas convaincu. Très hachée, trop fanfaronne, parfois attendue ; c’est d’avantage d’élégance, de légèreté (surtout dans Guillaume Tell ou dans Cenerentola) que l’on espérait ainsi que plus de folie et surtout plus de précision. Les Chœurs masculins de l’Opéra National de Montpellier ne convainquent malheureusement pas non plus, particulièrement les ténors dont il faut souvent tendre l’oreille pour entendre les notes aiguës.

Sinon de Rossini c’est d’avantage au sacre de Marie-Nicole Lemieux que nous avons assisté lors de ce récital. Susciter la discussion quant à l’interprétation en est déjà le révélateur ; Marie-Nicole Lemieux est bien une Diva Assoluta