C’est à un bonheur sans égal que nous conviait, lundi soir au Victoria Hall, le violoniste Maxim Vengerov accompagné par son compatriote, le pianiste Roustem Saïtkoulov, dans un programme qui débutait sagement par Sonate pour violon et piano en la majeur op. 162 de Franz Schubert, puis continuait avec la septième sonate de Beethoven et quelques Ysaÿe, Ernst et Paganini de haute volée.

Maxim Vengerov (violon), Roustem Saïtkoulov (piano) © Fiona Hamilton
Maxim Vengerov (violon), Roustem Saïtkoulov (piano)
© Fiona Hamilton

Dès les premières mesures de l'op. 162, on a pu apprécier un Schubert empreint de rondeurs avec un piano ourlant le discours d’une belle sonorité. Maxim Vengerov ne forçant pas le trait, son Schubert est sobre, maîtrisé stylistiquement. Le Scherzo se fit véhément, distillant une foule de contrastes, de nuances et de dynamiques de la part d’un pianiste aux aguets. L’Andantino fut ombré de belles noirceurs et l’Allegro vivace se fit printanier avec un bel équilibre entre le piano et le violon, Roustem Staïkoulov ne se bornant pas à accompagner mais prenant souvent la parole et passant le flambeau à son collègue lors d’un Schubert impeccable.

La Sonate n°7 op.7 en ut mineur, plus rugueuse, offre à entendre un romantisme plus appuyé, et des noirceurs inquiètes reprises par les deux instrumentistes, on ressent la parfaite osmose des deux partenaires. Empreint d’un certain lyrisme, le mouvement Adagio cantabile, avec son entrée douce et apaisante, permet d’exprimer une vaste palette de couleurs et de sentiments, le violoniste se permettant des nuances extrêmement ténues et, tel un pépiement d’oiseau virevoltant, le Scherzo s’envola dans un double envol qui fut un délice de musicalité que conclua un Finale haletant et impétueux.

C’est avec la Sonate pour violon seul  n°6 op. 27 d’Eugène Ysaÿe qu’on a pu apprécier le medium riche et une belle sonorité sur toute la tessiture d’un instrument dont on peut douter qu’un Maxim Vengerov connaisse les limites… Fameuses limites totalement surpassées lors de la si difficile The Last Rose of Summer étude d’Heinrich Wilhelm Ernst pour violon seul. Construite sur une chanson irlandaise, on y entend toutes sortes de difficultés techniques, offrant une mélodie ornée de trilles, pizzicati mais aussi des fameux sons de flageolet, sortes d’harmoniques suraiguës que l’on retrouve chez Berlioz dans Romeo et Juliette ainsi que dans le prélude de Lohengrin de Wagner et qui nécessitent une dextérité de la main gauche assez rare. Néanmoins la pièce recèle un certain humour que le soliste aura eu le bonheur de révéler tant sa virtuosité semble contourner les aspects ardus de l’œuvre avec facilité et grâce : chapeau bas !

Pour finir, I palpiti viendront clore un très beau récital qui aura offert un violon virtuose au son rond, avec des graves boisés et dorés, un legato souverain, des phrases amenées avec un art du dosage parfait et enfin des aigus suspendus et à la projection parfaite. Dans ces variations, on ne voit pas très bien ce qui pourrait résister à Monsieur Vengerov tant tout lui réussit. Et la virtuosité n’est ici qu’au service de la musicalité !

C’est avec de multiples bis que le duo généreux conclua son récital. Visiblement ravis de ce moment de partage, ils offrirent notament un tambourin chinois virevoltant, une danse hongroise endiablée mais c’est avec un tube du répertoire, prêt à sombrer dans un romantisme douçâtre, que le violoniste offrit une « Vocalise » de Rachmaninov de toute beauté. La belle musicalité des solistes et le romantisme effleuré furent plus que touchants : un grand frisson parcourut certainement l’audience par ce supplément d’âme russe qu’ils offrirent à un public conquis. Le Victoria Hall résonnera longtemps de ces phrases divines étirées au firmament du lyrisme et de l’émotion.