C’est à une intrigue un brin complexe que le Songe d’une Nuit d’Eté de Britten fait référence… Deux couples d’amoureux transis, la dispute entre le roi des elfes, Oberon et la reine des fées, Tytania, et pour pimenter le tout, le serviteur d’Obéron, Puck y adjoint une pointe de magie et nous voilà perdus dans une histoire un brin emmêlée…

Bernarda Bobro (Tytania) et la Maîtrise du Conservatoire populaire de musique de Genève © GTG / Carole Parodi
Bernarda Bobro (Tytania) et la Maîtrise du Conservatoire populaire de musique de Genève
© GTG / Carole Parodi

En levée de rideau, nous sommes cueillis par surprise en voyant une sorte d’énorme « Origine du monde », occupant tout le plateau, trônant, jambes écartées, sexe offert au public, lieu de toutes les disparitions, aspirations, dégringolades et refuge des différents acteurs de la pièce… Dans ce monde onirique et sombre, aux très belles lumières de Simon Trottet, le metteur en scène Katharina Thalbach offre une vision magique et inquiétante de l’histoire…

La forêt sombre et magique, se mouvant, est l’élément central de l’intrigue : entourant les personnages, elle se fait pubienne et pulsatile, engloutissant et enveloppant les personnages, les rejetant, le tout baigné d’un crépuscule sans fin, souligné par les glissandis des cordes, les interventions du celesta ainsi que les vents crépusculaires. L’emploi de la voix fantomatique de contre-ténor renforce le fantastique de la pièce tout comme les lignes de la scintillante fée Tytania, ainsi que les interventions nombreuses des enfants de la Maîtrise du Conservatoire populaire de musique de Genève, sous la direction de Magali Dami et Serge Ilg, qui furent un bonheur de diction, de musicalité et de présence scénique !

Qu’il soit  affublé d’une tête d’âne ou non, Nick Bottom, campé par Alexey Tikhomirov, est un magnifique acteur à la voix de basse superlative, tout comme ses attributs d’ailleurs. Tytania, superbement interprétée par la soprano Bernarda Bobro, reine des fées, en tombe amoureuse, et nous de son chant et de son métal rutilant, brillant et rond à la fois... Obéron, roi des Elfes, interprété par Christopher Lowrey offre son beau timbre argenté et homogène de contre-ténor aux lignes inquiétantes de cet être froid.

Une mention particulière à ce diable de Puck d’Anna Thalbach tour à tour inquiétant et hilarant, traversant la scène en volant tel un superman, souvent entouré d’une trompette moqueuse acérée… Elle aura su doser le ricanement de cette créature féerique et multiple du folklore celte et cette persistance chez Britten du monde de l’enfance, teinté d’une sorte de frisson, dont on ne saisit jamais l’entière signification…

L’acte trois voit la chute de cette histoire féérique lorsqu’Obéron libère Tytania de son sortilège, les amants se réveillent, glosant sur leurs rêves, Bottom se réveille et retrouve sa tête, Theseus (Brandon Cedel) annonce son mariage avec Hippolyta (Dana Beth Miller) ; les quatre amants seront mariés en même temps… On assiste alors à la farce des artisans qui aura fait rire toute la salle ! Fini l’horizon/poitrine pointée au ciel, fini le pubis matriciel, fini les arbres aux branches arachnéennes :  tout le décor a basculé et nous voici spectateurs des spectateurs dans une scène épurée agrémentée d’un petit théâtre de pacotille…

De cette production, nous ne pouvons que souligner l’extrême homogénéité du plateau de chanteurs/comédiens qui furent tous totalement captivants et investis, bien que les quatre rôles principaux marqueront naturellement plus les esprits !

Mais tout cela ne serait rien sans l’Orchestre de la Suisse Romande et ses excellents musiciens qui tour à tour offrent leur talent pour colorer le théâtre merveilleux qui se déroule au-dessus de leurs têtes… Chapeau bas à la direction subtile de Steven Sloane qui parvient à maintenir en permanence l’équilibre entre fosse et scène, soulignant les différentes délicatesses écrites par le génial Benjamin Britten : on sent pertinemment que toutes ces petites interventions et rebondissements doivent être une difficulté machiavélique à mettre en place et une concentration de chaque instant…

Puck dans la pièce comme chez Britten a le mot de la fin et assène  « Si nous ombres, vous avons déplu, pensez seulement et tout sera réparé que vous avez fait un mauvais somme pendant ces visions. Amis ne reprochez pas, avec votre pardon, nous ferons mieux demain, foi de Puck ! Bonne nuit à tous ! Applaudissez si nous sommes amis et Puck saura réparer ses torts. »

Et bien de torts, on en aura perçus que d’infimes, gommés par l’excellence du tout : bravo !

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