Le principe des concerts dits « Expresso » de Radio France est simple : proposer à 19 heures et pour 15 euros un concert d’une heure sans entracte. Il s’agit d’une des nouvelles formules que Radio France a décidé de mettre en place pour diversifier l’offre de concerts et attirer de nouveaux publics dans l’Auditorium récemment inauguré à la Maison de la Radio. Si l’idée est bonne, elle doit néanmoins encore faire son chemin. La preuve ce soir et malgré un programme donné par l’Orchestre Philharmonique de Radio France intitulé avec humour, « Franck dirigé par Franck », la salle était à peine remplie… 

Mikko Franck © Heikki Tuuli
Mikko Franck
© Heikki Tuuli

Avant le début du concert Clément Rochefort, producteur à France Musique, présente avec bonne humeur et un vrai sens de la synthèse le compositeur né à Liège puis naturalisé français (donc belge pour les uns et français pour les autres…) et le programme, en centrant son propos sur la Symphonie en mineur de Franck, dont il n’hésite pas à chanter quelques extraits pour familiariser le public avec ce qu’il va entendre. Il explique également l’importance de la notion de procédé cyclique dans l’œuvre de César Franck.

Après cette brève et sympathique entrée en matière, le concert débute par Rédemption, un interlude symphonique du même compositeur. La création de la première version de cette œuvre pour chœur et orchestre en 1873 est un fiasco en grande partie à cause d’une préparation bâclée par le chef Edouard Colonne. Franck blessé suit néanmoins les conseils de ses amis Duparc et d’Indy et remanie l’œuvre, ou plutôt en écrit une nouvelle, mais malheureusement sans obtenir le succès escompté. Le succès finira par venir mais seulement une fois Franck disparu. C’est la partie symphonique de cette version revisitée qui était donnée lors de ce concert.

Dès le début de cette pièce, l’Orchestre Philharmonique de Radio France très concerné fait montre d’une riche et belle sonorité d’ensemble dans une acoustique décidément tout à fait adaptée à l’orchestre symphonique. Mikko Franck est lui aussi très à l’aise dans une œuvre aux climats variés et qu’il fait chanter avec son énergie habituelle, à la fois concentrée et joyeuse, tout en laissant les musiciens s’exprimer. Les cors débutent la pièce dans un beau pianissimo, puis les cordes graves d’un bel unisson sonore prennent le relais, cédant ensuite la place aux cordes intermédiaires dont les sonorités magnifiquement entrelacées avec celles des bois créent un hédonisme très abouti. Puis vient l’heure de gloire des cuivres pour une fanfare qui évoque Wagner avant que le développement de la pièce ne conduise les différents pupitres vers une apothéose fortissimo magistralement menée par un Mikko Franck inspiré et fédérateur. Cette très belle pièce ici superbement interprétée montre aussi que l’œuvre de Franck ne se résume pas à la Symphonie en mineur. On rappellera au passage que de très grands chefs comme Bernstein ou Giulini, ou plus proche de nous Daniel Barenboïm lorsqu’il était directeur de l’Orchestre de Paris, aimaient à jouer Rédemption, mais aussi les trop rares Chasseur Maudit et Psyché.

Mais le cœur de ce programme était bien la célèbre Symphonie enmineur de César Franck. Dédiée à Henri Duparc cette œuvre fut créée, elle aussi sans grand succès, en 1889. Même si elle est assez connue, on l’entend finalement assez peu souvent au concert dans notre pays, un syndrome bien français... Et c’est bien dommage car elle a vraiment tout d’un chef-d’œuvre : inspiration mélodique et harmonique, orchestration raffinée, variété des climats, intelligence de la construction… Sous la direction toujours inspirée et les bras toujours très en hauteur d’un Mikko Franck en pleine forme et manifestement heureux d’être là, l’œuvre se développe progressivement laissant apparaître toutes ses qualités ainsi que celles de l’orchestre. Car l’Orchestre Philharmonique de Radio France sonne magnifiquement dans cette nouvelle salle dont l’acoustique est bien meilleure qu’à Pleyel. La précision et la beauté des cordes, les pianissimi des premiers violons à l’exposition de leur premier thème, les cuivres qui dominent le son d’ensemble sans faillir, les vents et notamment le cor anglais dans le second mouvement d’un souffle inépuisable et d’une grande poésie, tout concourt à une interprétation de grande qualité. Mikko Franck, décidément un immense chef, est investi à chaque seconde et sollicite à chaque instant avec des sourires incitateurs très efficaces les différents pupitres de l’orchestre. Le résultat est bluffant d’engagement et de justesse. Cela donne au final une magnifique lecture de ce chef-d’œuvre !

Mikko Franck, qui sera le directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Radio France à partir de septembre 2015, est manifestement déjà de la maison. Cet orchestre, sans doute le meilleur ensemble symphonique français avec l’Orchestre National du Capitole de Toulouse, a vécu des heures troubles en début de saison suite à la démission forcée de son directeur artistique Eric Montalbetti qui n’a pas été remplacé. Il serait vraiment dommage que tout le travail de qualité fait ces dernières années notamment en termes de chefs invités (Salonen, Dudamel, Petrenko, Bringuier…) ne soit pas poursuivi au plus haut niveau. Mais toujours est-il que la venue attendue de Mikko Franck, certainement l'un des chefs les plus doués du moment, est une chance pour Paris et pour l’Orchestre Philharmonique de Radio France. L’Orchestre National de France et de l’Orchestre de Paris qui tous deux cherchent un directeur musical ont intérêt à faire le bon choix car avec Mikko Franck au Philhar, la barre est très haute !

Le prochain concert « Expresso » à l’Auditorium de Radio France aura lieu le jeudi 18 décembre à 19 heures et sera consacré à la première symphonie de Brahms avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par Lionel Bringuier, un autre très grand chef. Allez-y vous ne le regretterez pas !

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