Inspiré du Mithridate de Racine (1673) cet opéra éponyme composé en 1770 par un Mozart tout juste âgé de 14 ans est musicalement brillamment interprété. Dommage que la mise en scène de cette production donnée au Théâtre des Champs-Élysées soit quasi inexistante…

<i>Mitridate</i> de Mozart, mise en scène de Clément Hervieu-Léger © Vincent Pontet
Mitridate de Mozart, mise en scène de Clément Hervieu-Léger
© Vincent Pontet

La mise en abyme – ou théâtre dans le théâtre – est un procédé couramment utilisé dans les mises en scène. Nous voici donc dans l’arrière fond d’une salle de spectacle où après quelques vers en français – référence à la pièce de Racine – une troupe de comédiens semble répéter une pièce. D’abord moqueurs voire goguenards quant au texte, ils prennent leur rôle de plus en plus au sérieux et le spectateur – après quelques minutes de flottement – bascule aussi dans l’histoire qui nous est donnée à voir.

La réussite de cette nouvelle production tient en premier lieu à la direction musicale d’Emmanuelle Haïm et au Concert d'Astrée. Avec sa vivacité habituelle la chef aiguillonne son ensemble, met en valeur les timbres des cordes et des bois, sculpte les récitatifs pour donner à la musique toute sa place malgré la présence de nombreux arie da capo – une partie A suivie d’une partie B puis d’une reprise – qui pourraient lasser. Après une introduction vive et enlevée, la musique se fait tour à tour calme, enjôleuse et accompagne les voix tout en les sublimant. Toute la virtuosité de la musique de Mozart est ainsi mise en valeur.

Les voix – féminines notamment – sont aussi pour beaucoup dans la réussite de cette soirée. Patricia Petibon interprète une Aspasie d’abord encombrée par son devoir et qui se révèle dans son duo amoureux avec Sifare tout comme dans l’air du poison où l’intensité de sa voix rend tout le tragique de l’instant. Sabine Devieilhe interprète magistralement Ismène, abandonnée par Pharnace, et qui tente pourtant de le sauver auprès de son père qui ne songe qu’à tuer ce fils haï. Le velouté de sa voix, sa colorature, la musicalité et la précision des aigus – notamment des motifs virtuoses - révèlent une fois de plus son talent. Tout est juste dans sa façon tant de chanter que de se déplacer sur scène. Myrtò Papatanasiu interprète un Sifare tiraillé entre la loyauté envers son père et l’amour pour la promise de celui-ci. Une voix agile et belle pour des gestes parfois un peu trop appuyés.

Les voix masculines sont par contre plus faibles. En effet si Michael Spyres donne à Mithridate ce côté tyrannique et sanguinaire fidèle à l’opéra, il peine dans les aigus et frôle à plusieurs reprises les fausses notes, notamment dans les scènes de fureur ; sa voix semble également moins agile à couvrir l’étendue du répertoire demandé. De même Christophe Dumaux, par sa colorature plus limitée, convainc davantage par son jeu d’acteur – en goujat fini et fils ingrat prêt à tuer son père pour avoir le trône avant de se raviser – que par sa voix.

Là où le bât blesse c’est dans la mise en scène quasi inexistante de Clément Hervieu-Léger. S’il dirige correctement les chanteurs – même si moins de grandiloquence dans les gestes aurait été bienvenue – il ne rend pas la complexité de l’œuvre à sa juste valeur et alourdit la scène d’acteurs qui semblent inutiles. Que viennent faire la petite fille au diadème et le jeune homme dans cet opéra ? Tout semble au début une vaste farce et il est difficile d’entrer dans l’œuvre.

A voir le roi en bretelles apparentes et les promises en jupes vintage on en vient à oublier que l’opéra traite de sujets fondamentaux : la transmission du pouvoir, les relations père-fils, les rivalités fraternelles et le pardon : peut-on pardonner à un amant qui vous abandonne, à votre père qui s’apprêtait à vous tuer ? Des thèmes magistralement abordés par un adolescent de 14 ans…