Lundi 14 juillet à 20h avait lieu la première soirée du Festival Radio France – Montpellier Languedoc Roussillon, le concert inaugural initialement prévu (il devait avoir lieu le dimanche 13 juillet, avant la finale de la Coupe du Monde de football) ayant été annulé en raison des intermittents. Lundi, donc, le thème de la soirée était « Musique napolitaine », faisant référence aux deux compositeurs programmés, Alessandro Scarlatti et Nicola Porpora, originaires de la Naples du XVIIIème siècle. L’ensemble Pulcinella, mené par Ophélie Gaillard, partageait la scène de l’Opéra Comédie de Montpellier avec la Maîtrise de Radio France dirigée par Sofi Jeannin. A ces jeunes voix s’ajoutaient celles des solistes Chantal Santon-Jeffery et Mélodie Ruvio. Un concert assez plaisant, fondé sur un répertoire somptueux qui reste toujours émouvant quelles que soient les imperfections qu’on peut relever dans l’interprétation.

Sofi Jeannin © Radio France - Christophe Abramowitz
Sofi Jeannin
© Radio France - Christophe Abramowitz

La musique de Scarlatti père et de Porpora comporte aussi bien des œuvres profanes, comme des opéras ou des concerti grossi, que des œuvres sacrées, comme des messes ou des oratorios : dans les deux cas, la précision de l’écriture et la délicatesse dans l’expression du sentiment traduisent l’importance de la sobriété dans la conception artistique partagée par les deux compositeurs, créateurs de pièces pourtant chargées de magnifiques subtilités structurelles et harmoniques. Le concert du 14 juillet rendait hommage à cette musique napolitaine là et non pas à l’école d’opéra dite napolitaine, où, à l’inverse, c’est l’épanchement lyrique qui est favorisé. Le programme faisait alterner œuvres instrumentales et vocales. Il débutait par le Concerto Grosso n°4 d’Alessandro Scarlatti (1740), sorte d’introduction permettant aux huit musiciens de Pulcinella de se présenter, pleins d’engagement dans leur jeu et reliés par une belle dynamique de groupe.

Cependant, le Magnificat de Porpora (1740) qui suivait a révélé quelques faiblesses de la part du premier violon, presque faux à certains moments malgré un phrasé intelligent et habité. Mis à part ce regrettable problème de justesse, on peut complimenter l’ensemble pour la qualité de son accompagnement, à l’écoute du jeune chœur sans pour autant perdre en cohésion ni en musicalité. Comme à son habitude, la maîtrise de Radio France s’est distinguée par sa qualité de son, résultat du travail de l’excellente Sofi Jeannin. Les voix pures des enfants sont parvenues à restituer les nuances et à marquer les accents du texte d’après la direction précise et inspirée de leur chef de chœur. Sachant qu’ils présentaient cette semaine trois programmes différents en quelques jours, on leur pardonne facilement les petits décalages rythmiques entre pupitres, ou les quelques hésitations perceptibles lors des attaques et altérant légèrement la fluidité du propos.   

Le Concerto pour violoncelle de Porpora (vers 1745) a mis en valeur Ophélie Gaillard en tant que violoncelliste soliste. Très à l’aise techniquement, elle a développé une texture sonore chaleureuse d’où les couleurs n’étaient jamais absentes, même dans les traits les plus arides. Il est plutôt dommage que seuls aient été proposés les deux derniers mouvements du concerto – choix artistique d’ailleurs un peu étonnant.

L’œuvre la plus longue venait en dernier : le Stabat Mater de Scarlatti (1724), précurseur de celui plus célèbre de Pergolèse, représentait pour les interprètes un défi en termes de construction musicale. En effet, sa forme très fragmentée nécessitait une réflexion globale sur la partition pour relier entre elles les différentes parties sans toutefois gommer leurs particularités. Sofi Jeannin a mené cette entreprise à bien avec habileté et finesse. La maîtrise de Radio France a su révéler la beauté triste de l’œuvre dans les parties chorales jalonnant le Stabat Mater – à noter qu’il s’agissait de simples duos dans la version originelle, mais que le choix du chœur a souvent été privilégié. Les interventions vocales solistes revenaient successivement à la soprano et à la contralto, accompagnées par des instrumentistes au jeu un peu moins expressif qu’auparavant. Si la soprano Chantal Santon-Jeffery, laissait un souffle altérer sa voix dans le medium et ne tenait pas ses phrases jusqu’au bout – ce que pouvaient partiellement faire oublier ses aigus ronds et sonores -, la contralto Mélodie Ruvio a trouvé un juste équilibre entre restitution limpide du texte et transmission de l’intensité dont l’œuvre est chargée.

En bis est apparu un troisième compositeur, très lié aux deux précédents puisqu’il s’agit du fils d’Alessandro Scarlatti, Domenico Scarlatti, plus joué encore de nos jours. Son Salve Regina a emporté à juste titre l’adhésion du public, et a conclu le concert sur une belle harmonie entre le chœur d’enfants et l’ensemble instrumental, cette fois plutôt juste. On aurait aimé sentir une ardeur encore plus grande traverser ces œuvres si riches, mais l’implication des jeunes chanteurs et la musicalité de la direction de Sofi Jeannin étaient tout à fait honorables, et ont bien été appréciées par le public.