Le dernier concert de la saison symphonique de l’Orchestre de Pau Pays de Béarn affichait un programme exclusivement orchestral – pas de concerto – et tourné vers la musique russe symphonique et poétique, empruntée à Modeste Moussorgski, Piotr Ilitch Tchaïkovski et Igor Stravinsky. Le concert était dédié à la disparition, quelques jours plus tôt, d’un fidèle spectateur.

Fayçal Karoui © JMD
Fayçal Karoui
© JMD

Fayçal Karoui aborde tout d’abord Modeste Moussorgski et le prélude de La Khovantchina, « Lever du jour sur la Moskova », réorchestré à plusieurs reprises par Nikolaï Rimski-Korsakov – version choisie ce soir – puis par Igor Stravinsky et Maurice Ravel, enfin par Dimitri Chostakovitch. L’accent est mis sur la multiplicité des timbres et la douceur de l’ensemble. Pizzicati et frémissement aux cordes, déploiement des vents, sonnerie de harpe ressortent ainsi comme de multiples piques délicates générées par une direction légère, du bout des doigts, suivies d’un premier silence introspectif.

Du même auteur vient ensuite Une nuit sur le mont Chauve, dans sa version réorchestrée de 1886 – toujours par Rimski-Korsakov. Si le caractère de l’œuvre l’oppose naturellement à la précédente, elle n’en demeure pas moins très contrôlée. Le maestro lance les salves des cuivres – pas toujours sereines –, les crescendo de l’ensemble, mimant avec force le tout mais sans dépasser un forte trop agressif. Dans un rubato expressif, la direction se concentre surtout sur l’apaisement final de la pièce, en réponse presque au « Lever du jour ». Le calme n’est bien sûr que de courte durée puisque voilà maintenant Tchaïkovski et La Tempête, poème symphonique inspiré de William Shakespeare. L’agencement des vents et surtout des cuivres est beaucoup plus soigné et met l'accent sur les grands passages en choral. Fayçal Karoui demande plus de puissance de la part de son orchestre avant le déclenchement du tonnerre, sollicitant la résonance des cuivres et de la grosse caisse. Après le thème présenté aux cordes puis aux altos seuls, le grand tutti lyrique est accentué et étiré au maximum par le chef d’orchestre avec une direction très énergique ; décidément très investi, le maestro chante parfois avec son orchestre avant un finale éclatant. L’argument littéraire se matérialise à merveille dans la salle du Palais Beaumont.

La deuxième partie de la soirée est consacrée à Igor Stravinsky et L’Oiseau de feu, musique pour ballet présentée dans sa version « suite pour orchestre ». Presque inaudible, l’introduction dans les graves aux cordes amène une interprétation figurative qui rend service à l’œuvre. Fayçal Karoui fait voler l’oiseau de la légende, notamment avec un relais entre timbres (violon, hautbois, basson, clarinette) d’une extrême suavité. On visualise presque l'animal se jouant d’Ivan Tsarévitch ! Dansant sur presque toutes les pantomimes et faisant écho à l’origine de la pièce, le chef d’orchestre joue ensuite sur les contrastes entre les passages frénétiques, grandement renforcés par les cuivres, et les épisodes plus méditatifs. Sur ces derniers, le geste est presque minimaliste, laissant toute la place, par exemple, à un excellent solo de basson alors que l’orchestre, lui, disparaît, presque comme étouffé. Le solo de cor, de la même veine, amène un beau sentiment de plénitude. La reprise du thème et le tutti final font franchir pour la première fois du concert le fortissimo à l’ensemble orchestral. 

La soirée aura été très largement maîtrisée, peut-être trop, d’une main assurée, relâchant graduellement nuances et moments d’éclat. Malgré les applaudissements, pas de bis : Fayçal Karoui fait le signe que l’heure du sommeil est venue. À l’année prochaine donc.

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