C'est sous cet intitulé que l'Orchestre Symphonique de Mulhouse a accueilli, ce 25 janvier, Augustin Dumay, en tant que violoniste et chef d'orchestre. D'abord dans deux œuvres de Mozart : le Concerto pour violon n° 3 en sol majeur (concerto bien nommé « Strasbourg », pour une salle alsacienne) puis en compagnie de l’alto solo de l'orchestre, Pascal Bride, la Symphonie concertante pour violon, alto et orchestre en mi bémol majeur. Augustin Dumay a ensuite déposé son violon, prenant la tête de l'orchestre pour une Symphonie n° 4 de Beethoven. Un ensemble à la fois inspiré et brillant.

Augustin Dumay © Michel Cooreman
Augustin Dumay
© Michel Cooreman

Excellence d'une interprétation totalement convaincante dans le Concerto pour violon n° 3. L'instrument et le jeu d'Augustin Dumay séduisent. Sa palette sonore, dominée par un aigu limpide, est assise sur un medium et un grave aux riches harmoniques. L'interprétation est lumineuse : chaque phrase musicale révèle un souci de perfection tant rythmique qu'harmonique. La virtuosité, évidemment accomplie, de même que l'expressivité, ne se manifestent cependant jamais comme telles. Elles n'ont pas d'autre objet que de tendre vers un résultat étonnamment architecturé et finement travaillé dans les moindres détails. En témoigne, en particulier, la cadence du soliste à la fin du premier mouvement : ni prouesse technique, ni lyrisme apparents mais une intériorité qui s'exprime grâce à la pureté des sons et des lignes.

Outre ces qualités tout aussi saisissantes dans la cadence encore du deuxième mouvement, Augustin Dumay se montre capable d'insuffler son propre esprit à l'ensemble de l'orchestre. Attentif et communicatif envers chacun des pupitres, il les invite avec succès à communier dans un jeu fait de rigueur et de sérénité. Le troisième mouvement conduit les interprètes non pas à renoncer à ces valeurs mais à les moduler au fil d'un rondeau enthousiaste qui ne parvient plus à celer les ressorts de la virtuosité, de la finesse requises par la partition.

La Symphonie concertante de Mozart pour violon et alto faisait appel ensuite à l’alto solo de l'orchestre, Pascal Bride. Se produire au côté d'Augustin Dumay constituait un enjeu de taille pour l'altiste. On sait combien est délicat, dans cette pièce, le rapprochement entre deux instruments qui ne sonnent pas exactement de la même manière tout en étant placés sur le même plan. Pascal Bride s'est cependant affirmé de mieux en mieux dans son rôle. Se situant plutôt en arrière-plan du violon dans le premier mouvement, il a su ensuite en devenir un partenaire autonome. Faisant véritablement chanter son instrument, il s'est montré très chaleureux dans le duo des solistes dès le début du deuxième mouvement. Conquérant l'adhésion de l'auditoire, il a répondu avec brio à Augustin Dumay dans le vivant dialogue du dernier mouvement, malgré un timbre nettement moins éclatant que celui du violoniste.

La Symphonie n° 4 de Beethoven confirme enfin les qualités essentielles d'un orchestre au meilleur niveau. Les contrastes et les accentuations qui jouent un rôle si important pour créer l'atmosphère originale de cette symphonie sont bien rendus, jusque dans la cadence finale du premier mouvement. Puis, bois et cors en particulier donnent au deuxième mouvement une chaude couleur tandis que la reprise piano du second thème est interprétée avec une grande sensibilité. Dans le scherzo et le finale, c'est un orchestre aux belles sonorités qui s'efforce d'exprimer la joyeuse vitalité que le compositeur fait surgir de sa partition.

Cependant si l'intention du chef a peut-être été de donner à cette œuvre un brio, une puissance la rapprochant des symphonies n° 3 et 5, on peut regretter le relatif effacement d'un paysage sensiblement différent caractérisant, sur les plans musical et psychologique, une période plus heureuse dans la vie du compositeur. L'aura de mystère dont a parlé Leonard Bernstein, le charme particulier de l'œuvre ont sensiblement manqué. On a souvent déploré un renforcement excessif des dynamiques, depuis le pianissimo de l’introduction aux fortissimo qui suivaient. Reconnaissons une nouvelle fois que l'acoustique de La Filature n'offre pas toujours des conditions d'exécution et d'écoute idéales. En dépit de cette réserve, le public mulhousien a eu la chance d'accueillir en Augustin Dumay un très grand Monsieur de la musique.

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