L’Orchestre Français des Jeunes permet à une centaine de jeunes de haut niveau issus des conservatoires de travailler avec des chefs de renommée internationale. Depuis 2019, Julien Chauvin (chef du Concert de la Loge) s’est vu confier la mission d’encadrer une formation consacrée à l’interprétation du répertoire classique sur instruments modernes. Style et technique y sont abordés et les cordes ont troqué leurs archets modernes pour des modèles historiques plus légers et aux possibilités d’articulation sensiblement différentes.

Julien Chauvin © Franck Juery
Julien Chauvin
© Franck Juery

En l’espace de quelques jours, les étudiants ont accompli un parcours considérable et profité également des conseils précieux de deux violonistes spécialistes du répertoire, Fabien Roussel et Lucien Pagnon. Le résultat est tout simplement épatant. Dans la salle Gaveau, Julien Chauvin électrise les quarante-trois musiciens de la pointe de son archet ; il est clair que la soirée sera placée sous le signe d’une jubilation communicative culminant dans la Symphonie n° 41 dite « Jupiter ».

Une ouverture de Don Giovanni explosive ouvre ce programme dédié à Mozart. Frôlant parfois une théâtralité un peu forcée, elle fait cependant valoir une belle palette de couleurs, de formes de notes et d’articulation. Le vocabulaire est fraîchement acquis mais on est surpris par l'unanimité des archets dont le lâcher-prise permet une virtuosité impressionnante et une tension idéale de la phrase. Les vents font valoir des solistes de premier plan, les équilibres sont savamment construits. Certes les effets affichent un peu de verdeur mais la cohérence orchestrale, déjà admirable, va trouver au fil du concert son centre de gravité optimal.

Andreas Staier est ensuite le soliste du Concerto en do mineur K.491 qu’il exécute sur un grand queue contemporain dont il cherchera sans tout à fait les trouver les dynamiques les plus appropriées au cadre instrumental, excepté dans le brillant « Allegretto » dont le thème à huit variations fait valoir un pupitre de vents délectable et une balance orchestre-soliste plus satisfaisante. Cependant les traits s’évaporent quelque peu, l’instrument paraît terne face à cette phalange très réactive. En bis, le cantabile reprendra ses droits dans une allemande dans le style de Haendel composée par Mozart en 1783.

Julien Chauvin, Andreas Staier et l'Orchestre Français des Jeunes © Sylvain Pelly
Julien Chauvin, Andreas Staier et l'Orchestre Français des Jeunes
© Sylvain Pelly

Les options esthétiques choisies par Julien Chauvin trouvent leur plein épanouissement dans la « Jupiter » dont les phrasés très étudiés et l’énergie implacable de l’« Allegro vivace » apportent des solutions inédites à de nombreux détails de l’orchestration. La cohésion de la première entrée des violons en sourdine dans l’« Andante » est admirable, les unissons des altos et des contrebasses absolument parfaits. Le « Menuetto » particulièrement allant fait valoir l’étrangeté de ses chromatismes et le rebond délectable des violoncelles dessine une ligne de basse très élégante.

En dépit d’un tempo échevelé, le mouvement final est étonnamment transparent, la distribution des accents y est particulièrement soignée et pertinente. De nouveau, la virtuosité des basses apporte un socle infaillible, garant de la cohérence de cette construction éminemment complexe et semée d’embûches, là où les meilleures formations sur instruments anciens s’époumonent parfois.

Une soirée incandescente, où la confiance du chef a hissé l’Orchestre Français des Jeunes vers l’excellence, démontrant sans ambages que la question de l’instrument ancien ou moderne s’efface devant l’intelligence d’un discours musical parfaitement abouti.

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