A l’inauguration triomphante, en avril dernier, des deux nouvelles grandes salles dédiées aux musiques actuelles et aux musiques non amplifiées de la région parisienne, succédait ce vendredi 15 septembre l’attendue ouverture de saison de la Grande Seine Musicale. Le choix, pour ce faire, d’une collaboration qui a déjà fait ses preuves, celle de l’Académie équestre de Versailles et des Musiciens du Louvre, avait de quoi non seulement rassembler un public certain, mais surtout appuyer le positionnement culturel et politique du lieu. A savoir, selon Jean-Luc Choplin, une programmation classique et contemporaine exigeante à l’Auditorium (« l’excellence pour chacun »), et une autre, plus grand public, proposée à la Grande Seine (« la culture pour tous »), non sans laisser l’une et l’autre se croiser avec, courant octobre, West Side Story, une « battle d’orchestres » prévue pour novembre prochain, et, ce soir, un spectacle total convoquant autour du Requiem de Mozart un cortège pour le moins bigarré.

© Julien Benhamou
© Julien Benhamou

Pour ce faire, tout comme à la Mozartwoche qui a vu naître, en 2015, cette alliance inattendue, on prend soin avant tout de ne pas transformer le matériau musical en simple bande sonore. Marc Minkowski et ses musiciens décidément irréprochables connaissent en effet le verbe mozartien sur le bout des doigts, et en conjuguent avec le même plaisir manifeste l’intranquille sensualité, le délicat tumulte et le lyrisme résigné. En fosse, l’orchestre est fortifié par l’admirable prestation des solistes : au trait précis et presque onctueux du trombone répond le timbre chaud de Fabio Trümpy, imité par le décidément fascinant Callum Thorpe. Agile, piquante, la soprano Ana Maria Labin fait également preuve d’une belle souplesse vocale, talonnée par la rondeur et la belle projection d’Anthéa Pichanick. Le quatuor nous gratifie d’un Benedictus à l’harmonie parfaite. On devine également un travail particulièrement abouti de Gaël Darchen à la direction de la Maîtrise des Hauts-de-Seine : le chœur est tout simplement parfait de bout en bout.

Comme conscient de cette belle alchimie musicale, les écuyers font moins étalage de leur virtuosité que lors de la chorégraphie de 2015, ou du moins de leurs individualités, et s’adaptent plus volontiers aux mouvements et à la cohérence de cette oraison avant tout composite. La chorégraphie, ouverte sur une étrangeté bienvenue par Bartabas lui-même, à la corporalité troublante, honore ainsi le caractère cyclique du Miserere en guise de mise en bouche. Elle s’adapte ensuite à la fugue du Kyrie, aux jeux de thème du Recordare ou encore aux rythmes pointés du Confutatis : les voix comme les cavaliers s’effleurent, se rencontrent, s'imitent. Une belle musicalité qui convainc moins lorsqu’elle se transforme en simple littéralité : lorsqu’il ne reste que le galop pour figurer le bouillonnement du Dies Irae, ou lorsque le plus célèbre des Requiem se voit limité à sa représentation la plus morbide – de malheureux squelettes ailés devenus cavaliers de fortune le temps d’un mouvement, ou encore ces images christiques un peu trop nombreuses – quand il pourrait figurer autrement la mort et le deuil. C’est finalement quand la musique s’imprime dans la scénographie même qu’elle émeut : lorsque le chœur d’enfants mêle sa voix aux bruits de sabots étouffés par le sable, immobiles, ou lorsque l’Ave Verum se voit entonné par les écuyers même. Au fil de ces beaux moments qui ne transforment pas l’image musicale en simple imagerie.

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