Les bougies étoilent la nuit de l'église St Martin-in-the-Fields et la musique de Mozart en devient l'astre lunaire lorsque sont réunis sur scène le Southbank Sinfonia de Londres et le choeur de la Maîtrise Notre-Dame de Paris. En ce dernier jour du mois de septembre, les deux jeunes formations ont fait de leur rencontre un voyage crépusculaire mais non moins lumineux dans le répertoire du grand maître autrichien, rappelant à l'auditoire les raisons de son immense popularité.

© Southbank Sinfonia
© Southbank Sinfonia
À en juger tout du moins par celui qu'elle convoque sur le visage des musiciens, la Petite Musique de nuit est un sourire. La treizième et dernière sérénade de Mozart, assurant au genre une gloire durable, ne pouvait pas davantage éclairer cette ouverture de concert. La fraîcheur et la tendresse qui émanent des archets invitent l'auditeur à remonter la source de ses souvenirs musicaux sans que les légères faiblesses de la prestation ne viennent en entamer le voyage. Très linéaire et peinant quelque peu à trouver son équilibre, l'interprétation des musiciens du Southbank Sinfonia semble en effet pâtir d'une absence de direction. Si elle n'en reste pas moins élégante, la prudence de la réalisation aplanit les contrastes d'une partition pourtant éminemment opératique et empêche le drame mozartien de se jouer avec l'esprit de liberté qui lui est le plus souvent acquis. Le thème du dernier mouvement, délicieusement sculpté dans une nuance piano, fait tout de même jubiler l'ensemble et nous rappelle au génie du compositeur. 

Ce qu'il manquait à la réalisation de cette première partie, c'est le choeur de la Maîtrise Notre-Dame qui l'apporte ; tout d'abord un chef, Lionel Sow, et grâce à sa gestuelle, une modélisation solide et nuancée de la matière musicale. Les voix donnent ainsi corps à l'Offertoire « Misericordias Domini » qui, dans la même tonalité que le Requiem, mineur, annonce les émotions à venir et nous fait découvrir le dramatisme du timbre choral de ce soir. Soulevé par un pupitre de ténors et de basses dont la richesse n'a d'égal qu'un sincère dévouement à l'instant musical, l'ensemble se déploie avec passion jusqu'au cri final « in eternum », cime vertigineuse de la partition qui laisse un public étourdi aller à son entracte.

Aussitôt réinstallés, les deux ensembles poursuivent l'ascension, se retrouvant pour la courte page du motet « Ave Verum », véritable fenêtre sur l'infini, dans un recueillement préparant au grand voyage du Requiem. Les références de ce dernier dans la version de Süssmayr ne manquent pas et pourtant la magie de la partition, liée à celle de l'instant, a de ses vertus qu'elle opère un renouvellement immédiat de l'écoute. Rejoint par un exceptionnel quatuor de solistes et par les pupitres de vent du Southbank, l'ensemble crée la communion et l'on ne distingue bientôt plus rien d'autre qu'une seule et même voix. Puisqu'il est toutefois de rigueur de la détailler, retenons les déconcertantes facilités et la cohérence émotionnelle du quatuor, le solo assertif et richement timbré du trombone, les soubresauts des interprètes entre tempête et fragilité, et une nouvelle fois, nourrissant la performance de voix pleines et puissantes merveilleusement projetées, les ténors et les basses. La direction de Lionel Sow est le centre névralgique sans faille de cette généreuse expression et c'est lui qui remet bouleversé au silence les dernières notes d'une partition dont la beauté n'aura de cesse de nous y faire revenir.

Ayant épuisé les mèches à défaut du souvenir de leur éclat, c'est dans une majesté infinie que cette leçon de ténèbres mozartienne s'éteint. 

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