Les Musiciens de Saint-Julien se sont retrouvés hier dans la salle du Centre Culturel Zamek à Poznan pour le Festival Baroque Poznan et nous ont offert un très beau concert, mêlant la viole de gambe, la harpe, la flûte, la cithare, le violon, le chant et même la musette. Les six musiciens sur scène ont présenté seize pièces, véritable panel de la musique écossaise, d’où le titre : For ever Fortune - szkocka muzyka (« musique écossaise » en polonais).

Les Musiciens de Saint-Julien © Jean-Baptiste Millot
Les Musiciens de Saint-Julien
© Jean-Baptiste Millot

Tous les éléments étaient réunis pour nous plonger dans une ambiance écossaise. Le premier morceau Saw na ye my Peggie, met tout de suite à l’honneur Nicholas Scott. Le lyrisme de ce ténor anglais, membre des Arts Florissants de William Christie, est en parfaite adéquation avec l’esprit développé par les Musiciens de Saint-Julien. Il parvient à transmettre au public un enthousiasme qui laisse l’audience suspendue à ses notes. Il termine le morceau en chantonnant sur « diddle, diddle, diddle » nous donnant l’impression d’être en plein coeur des highlands.

La suite du concert est une succession de morceaux qui témoigne de la qualité de ces musiciens. Ce qui fait la force de ce groupe de musique baroque est leur capacité à se produire ensemble tout en laissant une belle autonomie à chacun. Ainsi, Johnnie Cope nous laisse entendre un superbe solo de violon de la part de Graham Mackenzie. Ce sont toujours ces rythmes celtiques qui sont présents, dans des tonalités majeures et dans un rythme effréné. Le violon est assisté de la cithare qui renforce le caractère dansant du morceau. Même lorsque les musiciens ne jouent pas sur scène, ils participent au concert en se mouvant au rythme de la musique. Nicolas Scott par exemple sourit et tape du pied en rythme lorsqu’il ne chante pas. Cette ambiance bon enfant est un atout majeur dans ce concert, le public se sent à l’aise, et a l’impression de prendre lui aussi part au concert.

Laughlan’s lilt ou MacCrimmon’s Lament mettent en avant François Lazarevitch, fondateur du groupe. Flûtiste hors pair, il jongle avec les flûtes de différentes tailles, passant sans cesse de la flûte traversière à la flûte à bec. Des trios se forment au fur et à mesure entre la cithare, la harpe et la flûte, puis laissent la place au violon et la viole de gambe dans For ever Fortune par exemple, incluant par la même occasion le ténor. Nicolas Scott fait sensation dans les airs aigus qui témoignent de sa musicalité et de sa force d’interprétation. C’est certainement sur Muirland Willie qu’il semble jubiler le plus. Enchaînant les couplets les uns après les autres, on ne peut que se sentir joyeux, comblé et regretter l’absence de danseurs (et d’un whisky ?) sur cet air typique écossais.

François Lazarevitch fait lui sensation lorsqu’il commence à jouer de la musette. Le public est très intrigué par cet instrument, ancêtre de la cornemuse. Le musicien ne souffle pas dans l’instrument mais active le son grâce à une poche d’air placée sous son bras. Il change de notes selon le même principe que la flûte. L’introduction de ce nouvel instrument stimule les autres musiciens et crée alors une nouvelle dynamique autant sur scène que dans la salle qui est conquise dès les premières notes.

Les musiciens donnent en bis Flower of Scotland, hymne écossais officieux, revisité de façon baroque. Cette note d’humour est très appréciée par le public qui dès les premières notes est enchantée par cette surprise.

Les musiciens de Saint-Julien jouent à nouveau les jours qui suivent dans le Festival Baroque Poznan, accompagné du claveciniste Jean Rondeau, donc de belles soirées en perspective.