Vendredi 1er avril 2016, Myung-Whun Chung revenait diriger l’Orchestre Philharmonique de Radio France  dont il a été le directeur musical pendant 15 ans. Au programme, le Triple Concerto de Beethoven et la Symphonie n°1 de Mahler. Un concert très appréciable, donné au profit de l’UNICEF.

Myung-Whun Chung © Riccardo Musacchio
Myung-Whun Chung
© Riccardo Musacchio

Nous sommes vraiment ravis de voir à nouveau Myung-Whun Chung à la tête du Philhar qu’il connaît si bien et qu’il aime tant, d’autant que - soit dit à titre personnel - Mikko Franck nous a déçus jusqu’à présent. La soirée est un peu particulière : elle est organisée en soutien à l’UNICEF, dont Chung, désormais directeur musical honoraire de l’orchestre, est ambassadeur depuis 2007. Jean-Marie Dru, président d’UNICEF France, prononce quelques mots au début du concert, adressant surtout un chaleureux remerciement à l’orchestre et au chef, et rappelant à tous la nécessité fondamentale d’aider les personnes dans le besoin, aujourd’hui plus que jamais – il souligne avec tristesse le fait qu’il y a actuellement plus de réfugiés dans le monde qu’après la Seconde Guerre Mondiale, et qu’il s’agit en grande partie d’enfants.

La première œuvre au programme est le Triple concerto pour violon, violoncelle et piano de Beethoven (1804). Chung dirige l’orchestre depuis le piano ; il est entouré de Svetlin Roussev au violon et Eric Levionnois au violoncelle. Le lien étroit qui unit le maestro aux instrumentistes de l’Orchestre Philharmonique de Radio France est perceptible pendant tout le concert. En revanche, le lien musical entre les trois solistes du concerto est moins évident ; Svetlin Roussev, violon solo de l’orchestre, domine très clairement les deux autres du point de vue technique. Eric Levionnois, violoncelle soliste issu lui aussi de l’orchestre, peine à briller avec sa partie soliste (sans aucun doute la plus difficile des trois, à sa décharge).

Chung est un bien meilleur chef que pianiste, et sa double fonction nuit en l’occurrence à sa concentration générale. L’orchestre suit parce qu’il est habitué à ses gestes et à son esthétique, mais tout n’est pas au point, il y a de légers décalages (aussi entre solistes), et on a du mal à sentir l’esprit de dialogue un peu animé caractéristique de ce concerto. Le côté « musique de chambre » n’y est pas, pas plus qu’un souffle commun qui porterait l’œuvre de façon fluide et énergique. Il manque de la joie, de l’entrain, une forme d’exaltation – pourtant assez prégnante dans l’écriture beethovénienne.

Après ce début de soirée assez peu mémorable, place à Mahler. Sa première symphonie (1896), qui a gardé le sous-titre « Titan » malgré le souhait contraire du compositeur, se compose de quatre mouvements bien distincts, le premier étant comparé à « un bruit de nature », le deuxième devant être joué « avec force et animation », le suivant marqué « solennel », le dernier enfin « orageusement aimé ». Chung fait monter la tension dramatique dès les premières mesures ; aussi décousue soit leur construction, il prépare la suite à partir de ces notes frémissantes, contenant en germe toute la force des mouvements suivants. L’élan musical est d’ailleurs libéré à la fin du premier mouvement, et se voit prolongé dans le deuxième. L’ampleur, la puissance, la profondeur du son déployé par Chung avec la complicité de chaque musicien de l’orchestre emportent l’auditeur dans un océan de sensations, effet typique et tellement grisant de l’écriture mahlérienne. Le troisième mouvement est lancé dans un tempo un tout petit peu trop rapide ; avec une gravité et une lourdeur un peu accentuées, il aurait pu gagner en solennité et en force expressive. Cependant la qualité du résultat est remarquable, notamment grâce à la superbe insertion de la harpe au milieu des autres timbres et grâce à la maîtrise et la sensibilité éblouissantes de la hautboïste solo, Hélène Devilleneuve. Enfin, le dernier mouvement est mené avec toute la violence nécessaire. Quel héroïsme, quelle énergie, quelle ferveur ! Et en contrepoint, un lyrisme des cordes d’une beauté à en pleurer. C’est du très grand Mahler que Myung-Whun Chung et l’Orchestre Philharmonique de Radio France nous ont offert en ce 1er avril, et ce n’est pas une blague.