Habituée de la Halle aux Grains et du répertoire français, Natalie Dessay retrouvait la salle toulousaine accompagnée cette fois-ci par Laurent Naouri et le pianiste polonais Maciej Pikulski. On se souvient du récital de mélodies de Debussy donné en cet endroit-même par Natalie Dessay et Philippe Cassard, et ce nouveau concert s’annonçait de la même veine : Gabriel Fauré, Henri Duparc, Francis Poulenc, Léo Délibes et le moins connu Charles-Marie Widor étaient programmés ce soir. Outre les grands noms de la mélodie française, et en particulier celui de Gabriel Fauré considéré comme le maître du genre, on retrouvait également les poètes de la langue de Molière. Une affiche purement franco-française. La neige encore présente dans les rues de la ville rose laissait néanmoins les sièges de la salle relativement peu occupés.

Natalie Dessay © Simon Fowler
Natalie Dessay
© Simon Fowler

Alternant les pièces pour solo soprane ou baryton, le concert est également ponctué de duos habilement situés (en introduction et conclusion, et comme transition entre deux compositeurs), le tout sous l’œil bienveillant du pianiste en queue de pie. Bien souvent relayé au simple rang d’accompagnateur, les voix portantes des deux chanteurs permettent tout de même à l’instrumentiste d’utiliser une palette de nuances importantes afin de faire ressortir les nombreux figuralismes dissimulés dans les mélodies, comme les piqués humoristiques de Mandoline, le vent balançant dans Les Berceaux, ou la mer agitée dans La Vague et la Cloche. Le dernier morceau, constitué d’un postlude notable au piano, permet aux deux chanteurs de remercier leur pianiste à leur manière, tournant presque le dos au public pour l’écouter jouer et le saluer.

Les mélodies pour voix soliste donnent à chacun l’occasion de s’illustrer. Laurent Naouri, tout en puissance, n’a pas de mal à remplir la salle de sa voix, marquant progressivement le déroulement de l’action des poèmes ; il évoque notamment une agitation frénétique dans Les Berceaux avant d'en faire retomber la tension. Fort d’une articulation méticuleuse, il rend le texte parfaitement intelligible. Natalie Dessay, visiblement fatiguée et touchée par l’épidémie grippale du moment, offre tout de même une puissance remarquable et virtuose sur ses forte. Ses attaques, ses passages plus graves ou plus piano font en revanche ressortir une voix plus rauque dont elle est visiblement la première à être agacée, essayant de tousser entre deux phrases ou durant l’introduction du piano.

La force de la représentation résidait principalement dans l’aspect théâtral apporté par les deux chanteurs à ces mélodies. Alternant entre sujets graves et plus légers, le jeu d’acteur s’exprime à merveille. Laurent Naouri reste par exemple extrêmement statique sur Prison mais développe sa gestuelle sur des mélodies plus entraînantes, insérant dramatisme et regard lyrique sur des sujets plus légers. Il va même jusqu’à expliquer et souligner en début de deuxième partie la signification des sept Calligrammes de Guillaume Apollinaire mis en musique par Francis Poulenc. L’interprétation n’en est que plus poignante. Natalie Dessay produit également ce jeu supplémentaire, illustrant de façon plutôt comique la naïveté de certains personnages poétiques, parfois à la limite du chanté-parlé. Se retrouvant sur les duos, la complicité du couple se traduit par un petit baiser.

Cette complicité se retrouve en écho dans les deux rappels offerts à la Halle, à la thématique très sentimentale. Le Doute de la lumière, extrait du Hamlet d’Ambroise Thomas, suspend la salle et parachève la présence discrète de l’opéra dans cette soirée. Puis, pour le second bis, Laurent Naouri lance un « Rien à voir ! » et le couple se lance dans une mélodie de Tchaïkovski, Les Larmes, belle dérogation à ce programme entièrement français, même si les passerelles musicales et poétiques avec le reste du répertoire sont évidentes. Une soirée très agréable, intime et humaine, montrant toute la richesse du répertoire de la mélodie française. 

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