Le New York City Ballet est à l’affiche de la douzième édition des Etés de la Danse au Théâtre du Châtelet. Cette participation est une première attendue de longue date, alors que le festival a déjà accueilli de nombreuses compagnies américaines, parmi lesquelles le San Francisco Ballet, l'Alvin Ailey American Dance Theater et le Miami City Ballet. La compagnie new-yorkaise, fondée par le chorégraphe George Balanchine, puis successivement dirigée par Jerome Robbins et Peter Martins, possède l’un des répertoires néoclassiques les plus singuliers du monde. Les différents programmes présentés à l’occasion des Etés permettent ainsi de découvrir un large éventail d’œuvres de Balanchine, une réédition du fameux West Side Story de Jerome Robbins et quelques pièces plus récentes des chorégraphes Peter Martins, Alexeï Ratmansky et Justin Peck.

Teresa Reichlen et Jared Angle, <i>Barber Violin Concerto</i> © Paul Kolnik
Teresa Reichlen et Jared Angle, Barber Violin Concerto
© Paul Kolnik
Le programme Balanchine / Martins / Robbins célèbre le folklore américain à travers deux chorégraphies méconnues de George Balanchine, deux compositions plus abstraites de Peter Martins, et des extraits de West Side Story. Malgré une forte couleur américaine et une belle énergie en scène, il est cependant difficile de donner une appréciation globale de cette mosaïque de styles et d’interprétations si contrastée !

Du point de vue chorégraphique, la merveille qu'est West Side Story côtoie le silence des fades compositions de Peter Martins et les épouvantails folkloriques défraîchis de Balanchine, rarement dansés et ressortis du tiroir pour leur « American touch ».

La performance, du point de vue de l’interprétation, est également assez décevante. Si l’Orchestre Prométhée sous la direction d’Andrews Sill donne une tonalité festive à la soirée, le niveau de danse de certains solistes – manquant probablement de répétitions – est étonnamment fragile pour une compagnie de renommée mondiale.

Composée en 1954 par Balanchine sur des musiques traditionnelles américaines, Western Symphony est une suite de danses gaies ancrées dans un décorum façon saloon. Les accents joviaux de la mise en scène, qui intègrent de nombreux clins d’œil burlesques, vont de pair avec un profond classicisme chorégraphique. L’œuvre est cependant un peu vieillie, avec une mise en scène pittoresque excessive. Créée dix ans plus tard par Balanchine, Tarantella est un pas de deux rapide dans un style napolitain, composé sur la tarentelle pour piano du compositeur Gottschalk, originaire de la Nouvelle-Orléans. Pour ces deux œuvres, l’interprétation des solistes pèche franchement : Lauren King, remplaçante au pied levé, ou encore Sterling Hyltin et Tiler Peck font preuve d’une technique très peu assurée, accumulant des fautes nombreuses et visibles, tandis que leurs partenaires masculins, efficaces dans les sauts, affichent des pirouettes et des placements brouillons.

<i>West Side Story</i> © Paul Kolnik
West Side Story
© Paul Kolnik

The Infernal Machine, créée en 2002 par Peter Martins, nous rassure à point nommé sur le plan technique, montrant dans un duo tout en contorsions la belle performance physique de la danseuse Unity Phelan. La pièce est en revanche très abstraite et sans originalité. Malgré son nom tiré de la pièce de Jean Cocteau, les intellectuels pourront passer leur chemin car l’œuvre ne l’illustre sous aucun rapport.

Barber Concerto pour violon  (1988), également chorégraphié par Peter Martins, qui met en parallèle deux couples, l’un classique, l’autre moderne, est plus abouti dans sa réalisation. Mais à nouveau, l’interprétation masculine achoppe, tant sur les plans technique que dramatique.

Heureusement, la soirée s’achève sur les extraits de West Side Story, dont la merveilleuse partition de Bernstein suffit à distraire notre frustration. Tout aussi fervent que son public, le New York City Ballet se laisse emporter par les thèmes fastueux de Bernstein pour offrir un superbe condensé de la comédie musicale, interprété avec beaucoup d’engagement par des danseurs tels que Justin Peck et Robert Fairchild.