L'Auditorium a convié à une soirée régionale à dominante vocale : l’Orchestre des Pays de Savoie s’allie l’ensemble dirigé par Bernard Tétu, les Chœurs et Solistes de Lyon, dans un très beau programme Mozart et Schubert. Le contraste entre classicisme et romantisme se répercute dans une interprétation opposant diamétralement les deux compositeurs : Schubert en sort très à son avantage.

Nicolas Chalvin © Yanninck Perrin
Nicolas Chalvin
© Yanninck Perrin

Dramatique ouverture de la soirée, la Symphonie n° 25, en sol mineur (KV 183/173dB) dit d’emblée l’inquiétude par ses syncopes initiales ; le hautbois chante son malheur en beauté dans cet Allegro con brio. L’entame de l’Andante pourrait être plus claire ; le Menuetto-Trio est un tantinet mou, comparé à l’Allegro final, qui possède un plus beau relief. L’orchestration de cette symphonie est intéressante : quatre cors, c’est beaucoup pour la petite formation mozartienne. Mais souvent, le contact entre les cuivres et les cordes se perd un peu. Nicolas Chalvin ne fait pourtant pas prendre trop de risque à ses troupes. Ses gestes sont clairs : étonnamment, le résultat manque parfois de précision et de cet enthousiasme qu’on pourrait attendre d’un orchestre assez jeune, dans l’ensemble.

Les Vêpres solennelles pour un confesseur (KV 339) accueillent les Choeurs et Solistes de Lyon. Dans sa préparation des vingt chanteurs, Bernard Tétu a privilégié le pétillant de l’esthétique mozartienne. Le Dixit expose des voix manifestement très lyriques, une belle matière sonore. Cependant, y réside aussi un danger : le pupitre des sopranes, très positivement engagé, ne joue pas assez la carte de la solidarité : ni entre elles, ni vis-à-vis du tutti, ce qui amène à un équilibre parfois précaire. Dommage en effet qu’on n’entende pas plus les alti, effacés derrière cet écran que forment leurs consœurs des voix plus aigües. Les solistes du Confitebo restent, pour des raisons pratiques évidentes, à l’intérieur de leurs pupitres, mais cela ne les aide pas toujours à trouver la cohérence, décisive pour le quatuor. Les hommes, très solides, proposent une belle entrée dans la fugue du Laudate pueri. L’esthétique du célèbre Laudate Dominum, plus beau moment de ce Mozart, est bien choisie : sa soliste, à la voix très naturelle, adopte un discours simple, mais tout à fait émouvant. Dans le quatuor du Magnificat se confirme la qualité de la basse soliste et le timbre subtil de l’alto, que j’aurais adoré entendre un peu plus dans l’équilibre global.

Les deux œuvres de Schubert dans la deuxième partie changent radicalement la perception. Le Gesang der Geister über den Wassern (Chant des esprits sur les eaux, D 714) est une très belle réussite, purement masculine : aux huit chanteurs se joignent une contrebasse, deux violoncelles et deux violons. L’octuor débute par un piano très équilibré et prouve d’un bout à l’autre l’écoute mutuelle et la qualité des chanteurs (un excellent pupitre de basse, soit dit en passant !). Les instrumentistes ne sont pas en reste : les cordes fournissent un grâcieux travail de chambristes.

La Messe n° 2, en sol majeur (D 167) de Schubert, en prononciation germanique du latin, s’ouvre sur un piano extrêmement équilibré : un début très tendre et berçant. Le Gloria est plus nerveux et plus riche en contrastes. Alors que les basses et alti parviennent très bien à préserver leur unité dans les parties forte, les sopranes et ténors n’y ont pas la même facilité. Les cordes enrobent la partie vocale d’une fine dentelle. Dans le Credo, les cordes graves en pianissimo dessinent une ligne de basse subtile et filigrane, très articulée d’abord, en intense legato par la suite. Confiteor… les voix planent au-dessus des violoncelles, quel délice ! La fugue du Sanctus/Hosanna a une sacrée pêche de son côté. Le Benedictus fait découvrir un quatuor de solistes partiellement différent : le ténor, suave et toujours impassible, est resté, comme cet alto au timbre de cannelle, mais un soprano plus dramatique assure ses parties avec un autre poids de la voix que celui de sa collègue. Une basse très soignée et mature complète l’effectif. Mouvement le plus étonnant pour moi, montrant la cohérence du programme choisi : l’Agnus Dei, très mystique. Par moments, on croit y reconnaître les harmonies du Lacrimosa du Requiem de Mozart, et c’est sur ce qui paraît un secret hommage que se clôt cette agréable soirée lyrique.

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