Belle idée que de faire coïncider les ateliers dédiés à l’orgue de l’Auditorium et la programmation du festival Présences : incarnation de l’ancien et de la continuité, du sacré et du symphonique, de l’organique et du synthétique, l’orgue se prête finalement mieux que n’importe quel instrument au désir de monographies de cette édition, mettant à l’honneur une compositrice à la croisée d’influences et de domaines d’expression multiples – musique de chambre, art lyrique, électronique…

Olivier Latry © Philippe Guyonnet
Olivier Latry
© Philippe Guyonnet

Si bien qu’il semble plus que cohérent de le retrouver au centre de deux importantes manifestations ce samedi 18 février, à savoir un récital de Francesco Filidei à 16h et le très attendu concert de 20h, mettant à nouveau à l’honneur Olivier Latry, aux côtés de Ernest Martinez-Izquierdo et de Xavier de Maistre.

Le choix, comme entrée en matière, des virtuoses Laudes de Jean-Louis Florentz permit d’apprécier tout autant la technicité du jeu, virevoltant, d’Olivier Latry, que les multiples possibilités expressives d’un instrument dont on attendait beaucoup sur le répertoire contemporain. Sur la seule « Harpe de Marie » - une « piste noire », dira Benjamin François - on eut le loisir d’entre voyager, du métallique des premières notes, à d’incessants changements de registres, de claviers, de la douceur des flûtes à la rugosité des Cromorne et Trompette – subtils jeux de Tierce - dans un mélange de textures et de rythmes pour le moins effusif. 

Le contraste avec la plus contemplative et impative Apparition de l’église éternelle de Messiaen ne fut cependant pas criant : à la vivacité et à la dextérité du mouvement succédèrent la majesté et le songe de strates au désalignement progressif, jusqu’à l’attendue apogée. Si Kaija Saariaho, en organiste occasionnelle, associe volontiers le son des tuyaux au froid de l’église et aux pages canoniques de Bach, son Offrande qui suivit, en création pour le Festival, sembla plus avoir à faire avec la fascination messiaeniste pour la nature qu’à ses rêveries mystiques. Simple, poignante, délicate, on comprend par ailleurs que l’Offrande ait pu constituer un cadeau nuptial – allusion que Saariaho prendra soin de ne pas préciser – tant le violoncelle d’Anssi Karttunen mêle une vocalité masculine, tendre qu’on croirait tout droit sortie de Quignard, aux jeux d’anche proches de la Voix Humaine, plus féminins et évanescents, d’Olivier Latry. C’est encore peu dire que la musique de Saariaho parle …

*****