Juanjo Mena © BBC Philharmonic / Sussie Ahlburg
Juanjo Mena
© BBC Philharmonic / Sussie Ahlburg
Reprenant un schéma de concert désormais habituel (ouverture, concerto, pièce symphonique), l’Orchestre National du Capitole de Toulouse accueillait le très actif chef espagnol Juanjo Mena, pour un programme pour le moins éclectique. Présenté comme un programme France/Russie, l’affiche débordait largement de ce seul cadre par les évocations exotiques de Gabriel Pierné et de Claude Debussy, accolées au Concerto pour violon no. 2 de Dimitri Chostakovitch.

L’ouverture de Ramuntcho, composée en 1897, met en musique le roman de Pierre Loti, dont l’action se déroule dans l’Euskal Herria. Gabriel Pierné va donc se pencher sur le folklore basque et en tirer d'authentiques mélodies pour sa pièce. Alternant entre des rythmes solennels, avec un thème à l’unisson, ou des mélodies dansantes formées sur un rythme à cinq temps de zortziko, la pièce est brillamment dirigée par Juanjo Mena, dosant avec précision les nuances, et jouant des rallentendo de la danse finale. L’harmonie sous-jacente, extrêmement riche, permet de mieux faire ressortir encore les thèmes donnés à la flûte, au piccolo ou aux violons. Cette ouverture n’apporte pas la frénésie ou le dynamisme souvent habituels de cette forme, mais est une véritable invitation au voyage.

Frank Peter Zimmermann, rejoint l’ensemble pour aborder, avec son Stradivarius ayant entre autres appartenu à Fritz Kreisler, le Concerto pour violon no. 2 en ut dièse mineur, Op.129 de Chostakovitch. Le Moderato amené par les alti porte la dissonance atonale caractéristique du compositeur tandis que le violon entame sa plainte. Les passages plus joyeux demandent à J. Mena de contenir son orchestre afin de laisser entendre le soliste, notamment sur l’Adagio. Le dialogue entre le soliste et les vents, composé de bribes des motifs thématiques, est rendu presque comique, tout comme le refrain. Dans un jeu très rugueux, Zimmermann termine l’Adagio par un solo flamboyant. Durant l’Allegro après un long solo, le rythme et l’agitation initiaux reprennent avant une fin millimétrée en feu d’artifice. Salué à plusieurs reprises, le soliste donne un, puis deux extraits d'œuvres de Bach pour violon solo. Le Prélude de la Partita no. 3, dans un style toujours robuste, est acclamé par le public sous l’œil bienveillant de J. Mena assis dans le fond de l’orchestre avec les vents.

Ce dernier revient sur le devant de la scène une fois l’entracte passé pour les Images de Debussy, une des œuvres pour orchestre les plus connues du compositeur français. L’entrain de la Gigue est bien rendue par les flûtes et le hautbois. Au-delà du seul style français, Iberia nous amène de l’autre côté des Pyrénées, reprenant modes et rythmes andalous, amenant J. Mena à danser et taper du pied sur son estrade. Le contretemps étonnant de Rondes de printemps, notamment dû à la présence du célesta, nous ramène à l’atmosphère traditionnelle du début de la soirée. De la modalité archaïsante d'un répertoire populaire au langage post-romantique et à l’atmosphère atonale soviétique, le concert de ce soir proposait un panorama très varié, servi avec brio.

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