Le festival Piano Pic fêtait, en 2022, sa vingt-cinquième édition. Le concert de clôture venant marquer cet événement perpétuait sa relation, jeune de quelques années, avec l’Orchestre de Pau Pays de Béarn pour proposer une « grande soirée symphonique ». Cette dernière reprenait le triptyque habituel ouverture – concerto – symphonie autour d’un programme Mozart-Schubert. Le jeune pianiste Jonathan Fournel était placé au cœur de la soirée.

OPPB et Jonathan Fournel
© JCM

L’extrait de Rosamunde de Schubert est conduit à la baguette par le maestro Fayçal Karoui, qui équilibre avec application la mélodie aux violons et l’accompagnement des basses qui se meut en chant. Les vents s’insèrent discrètement dans l’orchestre, le thème devenant de plus en plus marqué et laissant ressortir progressivement hautbois et clarinette alors que l’ensemble des cordes est bien contrôlé par le chef. Sa direction est de plus en plus fluide et circulaire à la réexposition, conduisant un immense crescendo vers le dernier accord.

Quelques secondes sont nécessaires à l’installation du piano devant l’orchestre, à demi-ouvert, en vue du Concerto pour piano n° 21, K467 de Mozart. La direction devient plus pointilleuse pour introduire Jonathan Fournel, s’adaptant à ce qui va suivre. En effet, dès l’Allegro maestoso, le pianiste propose un jeu clair et très articulé, utilisant sans excès la pédale. Fayçal Karoui joue avec envie durant le développement sur les échanges entre éléments et instrumentistes. Le trait pianistique, plus virtuose à la réexposition, est complètement maitrisé et limpide. Même dans la cadence où il joue seul, Jonathan Fournel domine la difficulté avec sérénité, sans lyrisme excessif ni rubato. Même leçon au cours du célèbre Andante, durant lequel le chef retient de la main son orchestre alors que premier violon et piano en colla parte sont parfaitement synchrones. Si la mélodie est plus dolente, l’articulation reste minutieuse. L’Allegro vivace assai est lancé avec enthousiasme par le maestro. Les jeux d’échanges deviennent une passation espiègle alors qu’au piano, le virtuose passe sans force les gammes fusées à un rythme surhumain. La dernière cadence s’attarde un peu plus dans le lyrique mais sans ralentis pour autant. Triomphant, Jonathan Fournel, après trois saluts, gratifie le public d’un bis, adaptation pour piano du Jesus bleibet meine Freude, meines Herzens Trost und Saft de Jean-Sébastien Bach. En solo comme pour les cadences du concerto, le touché est plus suave et le rubato plus expressif et marqué.

Après l’entracte et un discours des organisateurs, l’orchestre revient à Schubert avec sa Symphonie n° 3. Lançant les timbales toujours de la baguette, Fayçal Karoui conduit avec précision et individualisme ses musiciens, faisant ressortir chaque timbre de l’Adagio maestoso – Allegro con brio : du regard et du geste, il va chercher chaque soliste, chaque ligne mélodique. Tel l’Apprenti sorcier de James Algar soulevant les vagues, il semble soulever les salves de son orchestre d’une main puis de l’autre. La direction devient sautillante dans l’Allegretto, la communication fluide avec l’orchestre rendant ce dernier malléable et rapidement adaptable. La flûte et la clarinette ressortent avec douceur de la masse. Dansant presque, Fayçal Karoui amène progressivement l’orchestre vers l’autonomie sur le Menuetto – Vivace, berçant d’abord l’ensemble, puis ne dirigeant presque plus sur l’emballement à trois temps du vivace. Le Presto vivace débute de façon plus nébuleuse mais la rigueur rythmique reprend rapidement le dessus. Les motifs répétés et crescendos nombreux sont exécutés toujours de façon humoristique par le chef, qui amène de façon très engagée son ensemble vers la grande explosion finale.

Bien que centré sur le piano, le festival montre sa capacité à accueillir de grandes formations avec des programmes loin d’être intimistes. Jonathan Fournel, Fayçal Karoui et l’OPPB allient ici rigueur et expressivité, à la hauteur du programme symphonique annoncé, dont le résultat n’a rien à envier aux concerts en saison des grands orchestres, marquant du même coup le beau développement de ce festival Piano Pic. On lui souhaite, comme le formule l’un de ses fondateurs, vingt-cinq ans de plus.

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