Que d’indiens ce jeudi soir au Victoria Hall de Genève ! En effet nous assistons à la première apparition genevoise de l'Orchestre Symphonique d'Inde sous la direction de Zane Dalal avec comme soliste au tabla : Zakir Hussain, véritable star en Inde et dont la renommée a fait, depuis des décennies, le tour du monde.

Zakir Hussain © Jim McGuire
Zakir Hussain
© Jim McGuire

Dès l’entrée de l’orchestre sur scène, on est frappé de voir un bon nombre de musiciens visiblement issus de ce gigantesque pays à la culture millénaire… Créé en 2006, ce tout jeune ensemble est la première phalange professionnelle du pays et s’emploie à préserver l’héritage culturel indien et à promouvoir la création contemporaine, ainsi qu’à stimuler et développer le potentiel musical des jeunes indiens et les pousser dans des carrières professionnelles.

C’est une silhouette fine qui s’avance au devant de la scène et s’incline, mains jointes en signe de dévotion envers les divinités avant le spectacle : oui, nous sommes face à un soliste vénéré en Inde, fils du légendaire joueur de tabla Alla Rakha, qui entama ses premières tournées dès l’age de 11 ans, mais qui reste d’une indéniable modestie face au public. 

C’est après une courte introduction d’orchestre que le violon solo entame un dialogue sombre avec le cor solo puis le tabla de Zakir Hussain… La main droite assurant une partie aiguë, plus rythmique et la main gauche aux effets aquatiques par des glissements de la paume sur la surface du tabla, évoquant des sons proches de la voix… La diversité rythmique infinie, et l’art du toucher qu’il soit sec, plus doux, voire suave est un enchantement. Quelle dextérité et quelle musicalité ! Les phrases s’entremêlent avec les différents solos de hautbois, basson, violon, flûte d’une justesse parfaite et d’une grande cohésion de discours : quand bien même l’œuvre est méconnue ici, elle fonctionne à merveille et le plaisir est constant de la découverte du dialogue entre le soliste et les instrumentistes de l’orchestre. 

L’orchestre ne démérite pas, avec une belle cohésion des cordes, des vents admirables, des cuivres d’une grande cohésion et des timbales très sensibles… L’ensemble aborde les différentes œuvres avec beaucoup de sang-froid, offrant une vision fraîche et enlevée de l’extrait de la Fiancée vendue de Smetana, ainsi que du Concerto pour orchestre de Bartók. La clarinette solo fut nuancée, les bassons grinçants à souhait et l’équilibre entre les cordes et les vents préservés.

Vous l’aurez compris, ce concert fut un enchantement : la découverte de Zakir Hussain et de son art du tabla, ainsi que ce bel orchestre indien dont on sent tout le potentiel à venir.

Chapeau bas donc à ce sous-continent indien qui fort de son histoire et de sa culture s’ouvre à la nôtre en offrant des musiques métissées enivrantes. Tout porte à penser que cette première tournée ne sera pas la dernière…