L'Orchestre Symphonique de Mulhouse a effectué son retour les 26 et 27 juin à La Filature devant les mélomanes privés de ses prestations durant trois mois. Concert gratuit où le public est venu emplir une salle aux capacités toutefois réduites pour raison sanitaire. Après la diffusion, durant le confinement, de vidéos produites par les membres de l'orchestre, ce concert exceptionnel tant par son organisation que par la qualité des interprétations, a mis au programme Le Tombeau de Couperin de Maurice Ravel, version orchestrale, le Concerto pour trompette de Johann Nepomuk Hummel et la Symphonie no. 1 en ut majeur, Op. 21 de Ludwig van Beethoven.

Orchestre Symphonique de Mulhouse © Chloé Rakitic
Orchestre Symphonique de Mulhouse
© Chloé Rakitic

Ponctuée par la projection de vidéos rappelant la période difficile traversée par la ville, l'institution et ses membres, la soirée a également donné l'occasion aux directeurs administratif et musical d'expliquer comment sont assumées les contraintes du présent et inventé l'avenir dans des conditions inédites. Le maestro Jacques Lacombe, dans l'impossibilité réglementaire de quitter le Québec, s'est adressé à l'assistance par vidéo, tandis que le chef de l'Orchestre Symphonique de Québec, Fabien Gabel, dans l'impossibilité lui aussi de rejoindre, en sens inverse, son poste, a remplacé Jacques Lacombe à la tête du Symphonique de Mulhouse.

Ce chef invité fait preuve d'une présence personnelle remarquée, faisant partager par les musiciens sa riche inspiration musicale. Mouvements de bras projetés en larges arrondis, semblant englober le contenu de chaque moment musical qu'il confie ensuite au talent des instrumentistes. Les tempos, l'équilibre voulu entre les timbres, les nuances, sont clairement signalés, réalisant par exemple une étonnante symbiose entre l'orchestre et le soliste du concerto de Hummel, en particulier dans son superbe final. Une modification de structure du fond de scène et des pupitres largement distanciés selon les règles sanitaires ont pour conséquence un peu imprévue de donner à l'acoustique de La Filature une chaude et claire sonorité à laquelle nous ne sommes pas toujours habitués.

Autre invité, le trompettiste Marc Geujon a livré une magistrale interprétation du Concerto de Hummel. Ses qualités d'interprète éclatent dès l'attaque initiale d'une parfaite netteté suivie d'un thème exécuté avec un legato charmeur et soutenu sans la moindre faiblesse. La suite du premier mouvement confirme un art consommé dans l'ornementation, les sauts d'intervalle, les nuances. La justesse de la gamme chromatique et la tenue des notes ne laissent pas de place au moindre défaut. Notons aussi les brillants éclats aux lignes épurées absents de virtuosité simplement démonstrative.

L'Andante est d'une expressivité touchante, en particulier dans les montées vers l'aigu. Le bref dialogue entre flûte et trompette puis entre hautbois et trompette sonne superbement. L'Allegro et rondo final est rendu de manière jubilatoire tout en conservant, l'ensemble des qualités et la rigueur manifestées tout au cours de l'interprétation.

L'Orchestre Symphonique de Mulhouse se montre parfaitement à la hauteur du soliste, soutenant avec finesse et enthousiasme le jeu de Marc Geujon. La formation aborde avec le même talent deux autres pièces encadrant le concerto. Dans LeTombeau de Couperin composé par Ravel durant le premier conflit mondial, flûtes, hautbois et bassons, instruments particulièrement présents dans l'histoire de la musique française, se devaient de briller au côté des clarinettes. Les bois relèvent ce défi dès l'attaque du Prélude, rendant avec cohésion, aisance, légèreté et souci des nuances, les formes ondoyantes d'un véritable tableau impressionniste. Les cordes soulignent encore les attraits de ce charmant paysage musical. Celui-ci s'anime ensuite d'une danse délicieusement languissante, la Forlane. Le Menuet interprété avec délicatesse sait éviter toute forme de préciosité. L'attaque du Rigaudon contrastant puissamment avec ce qui précède signe l'introduction d'un mouvement dépeignant la vitalité et l'enthousiasme dont sait faire preuve la culture populaire. Les cuivres prévus en nombre restreint dans cette œuvre jouent cependant un rôle essentiel lorsque la partition les met en relief grâce à la trompette de saisissants crescendos ou lorsqu'une plus grande assise dans les graves est requise du cor.

L'Adagio de la Symphonie n° 1 de Beethoven présente une belle palette de nuances et de sonorités. Les violons abordent avec netteté et résolution les impétueux staccatos de l'Allegro con brio. L'ensemble du mouvement, thèmes, développement avance sans dévier de la ligne dynamique qu'impulse Fabien Gabel jusqu'à une éclatante coda. Même dynamique, même cohésion minutieusement réglée dans les reprises du thème principal d'un pupitre à l'autre lors du deuxième mouvement, Andante.

Le bref troisième mouvement puis le final permettent de rendre encore hommage aux musiciens et à leur chef dont les ultimes Allegros procurent joie et enthousiasme à un public qui ne ménage pas ses applaudissements. Applaudissements redoublés lorsque l'ouverture mozartienne des Nozze, heureuse surprise superbement enlevée, vient clore la soirée.


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