Pour les 125 ans du Royal Scottish National Orchestra (RSNO), quoi de plus à propos que la 9e Symphonie de Beethoven (opus 125) ? Ce programme alléchant était introduit par les Quatre derniers lieder de Strauss et une création mondiale.

Peter Oundjian © Sian Richards
Peter Oundjian
© Sian Richards
La soirée ouvre donc avec Remiscipate, pièce pour orchestre de la jeune compositrice Lillie Harris. Cette œuvre crue et tourmentée est inspirée de la destruction des Red Road flats de Glasgow à l’automne dernier. Remiscipate réunit deux mots : « reminisce » (remémorer) and « dissipate » (se dissiper) ; l’écriture interroge la relation de la ville à son héritage ouvrier. Dès les premières mesures, les trémolos des cordes et l’affolement des flûtes annonce le chaos à venir. Ce chaos, Lillie Harris le donne à voir en créant plusieurs ondes de choc dans l’orchestre. La flûte solo (l’excellente Katherine Bryan) semble lutter seule contre la tempête des cordes, jusque dans les dernières mesures, allusion, peut-être, à la résistance de deux bâtiments restés debout après l’explosion.

Chez Strauss, on est séduit par le soprano charnu de la norvégienne Marita Sølberg. Dommage que la diction allemande passe quelquefois à la trappe dans le Frühling, avec une certaine mollesse des consonnes. Les attaques sont propres et la ligne straussienne en tous points. Direction inspirée du chef Peter Oundjian, qui veille à faire respirer l’orchestre avec sa chanteuse, et capte les réminiscences wagnériennes de l’œuvre (le solo de cor des dernières mesures de September est un moment de grâce). Le premier violon de Maya Iwabuchi fait entrer le Beim Schlafengehen (l’heure du coucher) dans une toute autre dimension : le vibrato est superbe, la ligne d’une infinie tendresse pour dessiner « l’âme délivrée qui s’élance, les ailes ouvertes, dans le cercle enchanté de la nuit ». Im Abendrot (au coucher du soleil) accuse un petit manque de liant chez les cordes. L’entrée de la soprane est un baume ; las, toujours pas de consonnes. Ce manque de traitement du texte prive la dernière interrogation de toute sa dimension symbolique : « Ist da etwa der Tod ? » – Est-ce déjà la mort ? Une chose est sûre, ces Quatre derniers lieder sont appelés à mûrir encore dans la voix de cette belle artiste. Une Marschallin de choix en perspective !

L’orchestre trouve chez Beethoven une patte sonore plus convaincante. Les accents des cordes sont propres et furtifs dans le premier mouvement. L’attendu Molto vivace ne déçoit pas. Peter Oundjian soigne ses nuances, allant crescendo jusqu’à l’explosion du thème porté par les cordes : effet garanti. L’Adagio molto e cantabile déploie un tapis sonore qu’on aurait aimé savourer dans le Strauss : la fébrilité du Scherzo cède la place à une oasis de tranquillité. Cet apaisement annonce la rédemption du dernier mouvement, sur le poème de Schiller. Très bel unisson des violoncelles qui introduisent le thème de « L’ode à la joie », rejoints par les altos. Les quatre solistes sont entrés discrètement sur scène entre temps. Entrée magistrale du baryton-basse Stephan Loges (O Freunde, nicht diese Töne). Quel feu et quelle diction ! Le jeune ténor Ben Johnson manque en comparaison un peu de projection. Belle prestation de la mezzo-soprano Renata Pokupić. A part quelques moments de flottement dans les deux quatuors (certains seraient-ils en train de déchiffrer?), les solistes livrent une performance tout à fait convaincante. Le chœur n’est pas en reste, avec une prosodie nette et une solide diction allemande. 

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