Début de programme en fanfare au Victoria Hall, avec les rares Symphonies d’instruments à vent qui nous rappellent la Symphonie des psaumes et par endroits Noces, sans en avoir l’homogénéité. On retrouve l’esprit cocasse des scènes villageoises avec les traits de basson et de hautbois goguenards, les aplats superbes du contrebasson ou du tuba, de beaux phrasés étirés des trombones. Les vents de l’Orchestre de la Suisse Romande font preuve d’un sens de la couleur et des nuances impeccable, sans parvenir néanmoins à faire de cette œuvre une pièce inoubliable.

Jonathan Nott © Enrique Pardo
Jonathan Nott
© Enrique Pardo

S’ensuit l’audition et création mondiale du concerto pour flûte et orchestre Memento vivere d’Éric Montalbetti sous le souffle d’Emmanuel Pahud. Assez touffue, l’écriture prolifique dans son ensemble propose un voyage en quatre mouvements enchaînés, dont la flûte miraculeuse d’Emmanuel Pahud est le fil conducteur. Elle y apparaît sombre, haletante, se mêlant en une danse stridente avec le violon solo, ronflante sous les roulements de timbales ou plus poétique lorsqu'il s’agit pour le soliste de passer de la flûte en ut à la flûte alto. Le titre Memento vivere du concerto clame « Souviens-toi que tu es vivant » dans un souffle perpétuel, qui s’étouffe dans le « Memento mori », pour reprendre de plus belle énergie avec le mouvement « Renaissance I, II et III ».

Emmanuel Pahud © Josef Fischnaller
Emmanuel Pahud
© Josef Fischnaller

On aura apprécié les belles ambiances de cordes vibrées sur la transe sourde de la flûte alto et ses incantations hypnotiques. Mais après ce grand bain au ressac incessant, on peut légitimement se sentir décontenancé par une route assurément bruyante à défaut d’être limpide. Comme le souligne Richard Cole, on y ressent les influences d’Olivier Messiaen, de la musique sérielle et spectrale « selon des stratégies locales » ce qui conforte ce sentiment de patchwork musical qui ne parvient pas à offrir un voyage musical clair : l’expression musicale y est répétitive, le développement dramatique abrupt. Reste le miracle de la flûte d’Emmanuel Pahud qui flotte au-dessus du propos.

Autre découverte pour bien des Genevois, le Gaspard de la nuit de Ravel dans l’orchestration de Marius Constant. On peut s’interroger quant à la nécessité de proposer au concert une version symphonique de la célèbre pièce pianistique, d'autant qu'on bute ici sur la difficulté à faire émerger la demi-teinte d'« Ondine » et ses miroitements dans la vision peu impressionniste de Jonathan Nott, et ce malgré de délicats gestes de peintre. On apprécie néanmoins la flûte mystique de Sarah Rumer en fin de mouvement. « Le Gibet » frappe ensuite avec ses cloches et la belle phrase grave inaugurale. « Scarbo » sonne pléthorique après l’introduction vibrante du contrebasson. Ici comme ailleurs, on souffre de la saturation des sons, d’une gestuelle très haute et souple mais qui ne produit invariablement qu’une emphase sonore. Celle-ci ne se résume malheureusement pas aux climax des pièces...

Quand au fameux Boléro, il viendra souligner le manque de poésie du propos général. Malgré une flûte très douce, une clarinette éthérée, la très belle phrase du trombone d’Alexandre Faure, peu à peu l’ennui et le manque de couleurs s’imposent. Peut-être voulait-on créer ici un lien entre Stravinsky et Ravel, symbolisé par les dernières mesures foisonnantes de la pièce ? Ce Boléro aura sonné assez plat, tel qu’il se présente malheureusement souvent : une présentation scolaire des différents instruments de l’orchestre.

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