Rendant largement hommage à l’œuvre opératique d’Haendel, ce récital de la soprano italienne Patrizia Ciofi organisé par Les Grandes Voix fut assurément l’une des plus exquises soirées dédiées à l’art vocal ayant eu lieu cette saison dans la grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris.

Patrizia Ciofi © DR | Intermezzo
Patrizia Ciofi
© DR | Intermezzo

L’audace mêlée de sensibilité avec laquelle elle aborde chacun de ces airs, sa lecture intime des partitions et la théâtralité tout à propos qui en résulte parviennent à renforcer dès le premier air (« Morrai, si », Rodelinda) l’impression que produit généralement Ciofi lorsqu’on l’entend. Une sincérité, une intensité et une capacité à habiter l’espace sans lyrisme superflu.

Si sa maîtrise de la technique et la connaissance profonde de sa voix semblent être les éléments fondamentaux lui permettant de s’octroyer une telle liberté de dialogue avec les musiciens et le chef, Ciofi fait également partie de ces interprètes qui ne semblent pas être encombré-e-s par leur corps lorsqu’aucun jeu ne leur est imposé. Ses gestes accompagnent naturellement son chant, et l’expressivité qu’on lui connait trahit toujours les émotions qu’elle semble ressentir ou mobiliser pour restituer la partition.

Conférant à son Alcina toute la force dramatique qui la caractérise, ces deux airs - plus un bis - empruntés à la magicienne furent aussi intelligemment contrastés que riches d’aigus ornés, notamment dans « Ah ! Mio cor ! » qui s’acheva dans une clarté presque fantomatique, nous faisant assurément regretter de ne pas encore pouvoir l’apprécier dans ce rôle à l’opéra. Son interprétation lumineuse, vive et passionnée de « Furie terribili » (Rinaldo), fut quant à elle tout aussi glaçante qu’immédiatement exaltante. Parvenant à passer de notes perçantes à des volumes plus denses, nécessitant plus d’épaisseur en conservant une ligne vocale brillante, mobilisant des tonalités plus chaudes, Ciofi parvient à trouver la juste mesure entre la vigueur qui, souvent, fait accélérer le débit, et la gravité qui au contraire réduit la virulence au profit d’un affect plus perceptible, plus douloureux et profond.

L’orchestre Il Pomo d'Oro, jeune formation fondée en 2012 - dont le nom se réfère à un opéra d’Antonio Cesti -, parvient à allier souplesse, rigueur et précision à un indéniable enthousiasme artistique qui, plus qu’accompagner le chant, dialogue en parfait équilibre avec la soprano. En effectif ainsi réduit, chaque instrument devient presque soliste, chaque couleur instrumentale semblait se distinguer sans pour autant bouleverser l’harmonie d’ensemble. À sa tête, Maxim Emelyanychev assura une direction rythmée et faite de beaucoup de contrastes. Les pièces pour orchestre furent idéalement intégrées au programme de ce récital, permettant d’amorcer des ruptures et d’assurer une continuité au programme. 

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