Avec un programme composite et résolument contemporain, le Ballet de l’Opéra de Paris nous invite à découvrir le travail de quatre chorégraphes : Nicolas Paul, Pierre Rigal, Benjamin Millepied et Edouard Lock. Si ce parcours est inégal et sans ligne directrice apparente, la démarche innovante de Rigal et le mouvement éloquent de Lock offrent d’intéressantes perspectives.

Ludmilla Pagliero et Vincent Chaillet, dans <i>Répliques</i> © Agathe Poupeney / Opéra national de Paris
Ludmilla Pagliero et Vincent Chaillet, dans Répliques
© Agathe Poupeney / Opéra national de Paris

Le rideau s’ouvre sur Répliques, créée en 2009 par Nicolas Paul, chorégraphe et Sujet de l’Opéra de Paris. Jouant sur la notion de double par des effets de miroirs et des mimes, Répliques nous plonge dans une ambiance japonisante, avec des costumes en kimonos, un décor à l’encre de Chine, la musique carillonnante de Ligeti, et des jeux d’ombres qui rappellent le théâtre kamishibai. Le mouvement répétitif et les successions périlleuses de tours s’adaptent pourtant assez mal à l'exactitude que requièrent les jeux de miroirs. Dans cette chorégraphie qui manque un peu de lumière, le couple formé par Ludmila Pagliero et Vincent Chaillet ne semble pas très inspiré. On saluera tout de même le travail précis et délié de Valentine Colasante.

Salut, sur une musique de Joan Cambon, est une création commandée au chorégraphe Pierre Rigal. Bâtie sur la triple signification du mot « salut » – désignant à la fois l’inclinaison, la salvation ou la rédemption religieuse – la pièce démarre avec seize danseurs qui entament un salut au public sous un tonnerre d’applaudissements. Mais cette recherche étymologique apparaît rapidement comme un prétexte intellectuel à une œuvre chorégraphique dont l’intérêt se situe ailleurs. Mettant en scène des personnages aux allures drolatiques de pingouins ou de pantins désarticulés, Salut est avant tout une aventure collective. Grouillante et indivisible, la masse des danseurs avance en permanence, forme des pyramides qui s’élèvent et se désagrègent, et se regroupe dans des rondes dynamiques. Se glissant dans ce périple avec un sérieux mordant, Marine Ganio est une véritable révélation dans cette création. Pierre Rigal, quant à lui, a déjà connu plusieurs vies : ancien champion d’athlétisme, il étudie l’économie et le cinéma avant de s’intéresser sur le tard à la danse et à la chorégraphie. Salut reflète cet étonnant mélange de genres en se construisant comme un voyage fantastique en perpétuel mouvement, plus que comme une chorégraphie dansée.

<i>Salut</i> © Agathe Poupeney / Opéra national de Paris
Salut
© Agathe Poupeney / Opéra national de Paris

Intermède accolé à la dernière minute à ce parcours contemporain, Together alone de Benjamin Millepied, nouveau directeur du Ballet de l’Opéra, relève plus de la chorégraphie d’occasion que d’une véritable création. Peu abouti, ce sur-mesure dédié à l’étoile Aurélie Dupont permet une respiration légère, mais de peu d’envergure. Avec sa danse simple et ses portés faciles, le pas-de-deux manque d’originalité tandis que la musique de Glass, pourtant prenante, sent le déjà-vu. Ce tête-à-tête remplit pourtant son office : rendre hommage à Aurélie Dupont, dans une chorégraphie qui révèle judicieusement ses qualités de danseuse et sa maturité. L’étoile remplit donc tout l’espace, au détriment de son partenaire Marc Moreau – remplaçant d'Hervé Moreau blessé – qui tente désespérément de capter un vain regard, car Aurélie Dupont savoure, seule face à son public.

C'est la dernière pièce, Andréuria, créée en 2002 par Edouard Lock, qui offre une réelle densité au programme. Le titre énigmatique, prénom d’un travesti rencontré par le chorégraphe, est le point de départ d’une réflexion intelligente sur la dichotomie féminin/masculin. Andréauria est un clair-obscur ardent et plein de contrastes, où les danseurs naviguent entre ombre et lumière, visible et invisible, féminin et masculin. La musique de David Lang, jouée sur scène par deux pianistes, donne une impression d’intimité alors que la chorégraphie, perturbante, examine les postures apprises qui départagent les deux sexes. Réunissant avantageusement les talents de onze solistes, l’interprétation est de très haut niveau, avec, notamment, la présence frappante d'Alice Renavand.

Alice Renavand et Stéphane Bullion dans <i>AndréAuria</i> © Agathe Poupeney / Opéra national de Paris
Alice Renavand et Stéphane Bullion dans AndréAuria
© Agathe Poupeney / Opéra national de Paris