Le carillon chante sol#, mi, fa#, si : même celui qui n’a jamais lu Peter Pan ou vu le célèbre dessin animé de Walt Disney (1953) aura compris que le départ vers Neverland ou le Pays Imaginaire se fait depuis Londres, à proximité de Westminster. Le conte musical Peter Pan d’Olivier Pénard, créé en 2011 d’après le roman de James Matthew Barrie, Peter and Wendy (1911), trouve de bons interprètes lyonnais en l’Orchestre National de Lyon, dirigé intelligemment par Antoine Glatard, et Sébastien Dutrieux, récitant et metteur en scène d’un spectacle multicolore et enchanteur d’une heure, qui fascine petits et grands.

<i>Peter Pan</i> d’Olivier Pénard | Orchestre National de Lyon, Antoine Glatard (direction) © G. Dourthe
Peter Pan d’Olivier Pénard | Orchestre National de Lyon, Antoine Glatard (direction)
© G. Dourthe

La scène de l’Auditorium est devenue une chambre d’enfant, avec d’immenses coussins colorés posés à même le sol. Y est installé déjà, balançant ses baskets dans le vide, le récitant protéiforme de la soirée, Sébastien Dutrieux, qui incarne avec un égal talent le narrateur, l’insoucieux protagoniste, la charmante Wendy, sa concurrente jalouse Clochette, les Enfants Perdus, le Capitaine Crochet ou son huileux second, Smee, et même, polyvalence oblige, l’affreux crocodile qui a gobé un jour une montre – et la main du Capitaine Crochet, à laquelle elle était attachée... Au fond du plateau, ambiance onirique : comme d’immenses veilleuses, des parties isolées de l’orgue sont découvertes, un triptyque vert et rouge sur fond violet, semblant flotter dans l’air ou au-dessus d’un immense lac.

Vite, le kaléidoscope lumineux tourne et en un tourbillonnant coup d’œil, harpe, cymbale et fée Clochette nous entraînent à la suite de Wendy et de ses frères dans ce voyage merveilleux avec Peter Pan vers une île, le Pays Imaginaire : l’orgue se découvre plus, et tout d’un coup, c’est un petit continent qui émerge. La suite des petits numéros musicaux est très adaptée au petit public qui peuple l’Auditorium ce samedi. Grâce aux enfants, on découvre la salle si sérieuse par ailleurs d’une façon complètement différente : il y a comme une présence plus affirmée, plus chaude de l’audience, qui écoute assez religieusement et se laisse charmer sans difficulté par l’histoire et sa mise en musique inspirée.

En effet, il y a tellement d’instruments à découvrir : le glockenspiel, les congas, le métallophone, le fouet, outre le grand dispositif symphonique. La partition d’Olivier Pénard est une peinture évocatrice : quand le conflit entre les Enfants Perdus et les pirates se profile, le hautbois nous alerte de sa fanfare mélancolique. L’organisation des petites troupes se fait militaire grâce au jeu col legno des cordes. L’île imaginaire est visiblement couverte d’une épaisse jungle : on entend les éléphants y poser leurs pas monumentaux et leurs trompes barrir, rugir les tigres et lions… Le caractère visqueux du second des pirates, Smee, se traduit en une valse doucereuse, très bien sentie. Et ce n’est pas tous les jours que les cors de l’ONL sont obligés de se recoiffer en pleine représentation : une énorme quantité de grosses bulles de savon descend sur scène, telle la Lagune des Sirènes.

Sébastien Dutrieux, récitant et metteur en scène © G. Dourthe
Sébastien Dutrieux, récitant et metteur en scène
© G. Dourthe

La direction sensible d’Antoine Glatard, l’exécution stimulante et délicate de l’ONL et la présence et l’expressivité de Sébastien Dutrieux ont procuré un moment poétique au public jeune et moins jeune. La fable se termine par la victoire sur les pirates et la sinistre fin du Capitaine Crochet – réuni de nouveau avec sa montre…  et les auditeurs-spectateurs, ramenés au quotidien par les cloches de Westminster, sortent reconnaissants à Peter Pan de leur avoir fait sentir leur éternelle âme d’enfant pendant une heure.

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