La série de concerts de l’Agence Caecilia ravit la région genevoise par la diversité et la qualité de son offre de concerts, et ce mercredi soir se présentaient les musiciens de la Kremerata Baltica : né sous l’impulsion du violoniste Gidon Kremer, cet ensemble constitué de musiciens des pays baltes a fait parler de lui dès ses origines, caractérisé par un son dense, brut, une énergie communicative, avec une nette prédilection pour des horizons musicaux méconnus.

Radu Lupu © John Garfield
Radu Lupu
© John Garfield

Et pour méconnue, est offerte aux auditeurs cette énergique Symphonie pour cordes n° 7 de Mendelssohn. Dès les premières mesures, la Kremerata Baltica impose le respect en jouant sans chef, juste sous l’impulsion de son Konzermeister Dzeraldas Bidva, avec un son assez sombre, sans trop de vibrato et articulant un discours ciselé. Assez rapidement, on se rend compte que cette symphonie penche plus vers le classicisme que le romantisme. Pas de petite harmonie, juste la suavité des palpitations des violoncelles et basses dans la belle ambiance de l’Andante amorevole ; le Menuetto e trio se fit plus campagnard avec ses balancements d’alti se concluant sur un Allegro molto plein d’énergie et qui ne manque pas de grâce. Malgré tout, on comprend aisément pourquoi cette symphonie de jeunesse n’est pas  plus interprétée. C'est une œuvre fraîche mais peut-être un peu creuse.

Effectif plus complet pour le Concerto pour piano n°27 de Mozart, avec l’entrée en scène d’une star du piano, assez rare à Genève, Radu Lupu. Une autre star se trouvait dans la salle ce soir pour assister au concert : Martha Argerich… De quoi mettre la pression sur les doigts de n’importe quel pianiste… Mais le piano de Radu Lupu ne semble pas pouvoir s’émouvoir de telles considérations tant émane du soliste une sereine assurance. Son piano est un bonheur d’équilibre et de délicatesse : des trilles subtils, des phrases étirées, un discours construit, une sensibilité qui ne déborde pas dans le pathos : en somme un Mozart chic et distingué !

Malgré la musicalité du musicien, les impulsions données du piano, on regrette le déséquilibre entre des cordes fondues et un pupitre de cors souvent trop présents. Le mouvement Larghetto fut délicat, malgré un hautbois assez décharné. Le troisième mouvement attaqué subito fut souriant, servi par une main gauche de velours… Quel dommage que les cors ne réalisèrent pas que leurs interventions ne sont qu’un accompagnement… La flûte solo accusera quelques égarements de justesse, mais ces détails furent atténués par une cadence plongée dans des graves beethovéniens savoureux.

Belle découverte que cette Sinfonietta n°2 op.74 de Mieczyslaw Weinberg, compositeur d’origine polonaise, né en 1919 et émigré en Union Soviétique dès la seconde guerre mondiale. On ressent immédiatement les affinités de l’ensemble avec l’esthétique du compositeur, ainsi que ses références à la musique de Chostakovitch. Un Adagio saisissant s’ouvre sur un grand unisson dense duquel se détache un bel alto solo, chantant une mélodie triste avant que le violon solo ne vienne clore ce mouvement d’une noirceur évocatrice. Un roulement de timbales et un solo de deuxième violon viendra relancer un motif plus lumineux, quoique teinté de nostalgie. Plaisir de la découverte d’une musique rarement jouée à Genève et qui évoque de manière si prenante une époque et une contrée.

Le concert de ce mercredi se concluait par le fameux Concerto n° 23 de Mozart enveloppé d’une belle rondeur introductive. L'Adagio fut crépusculaire, nimbé d’un basson lunaire, Radu Lupu, plus romantique que jamais dans la soirée, offrit un moment extatique avec ce célèbre accompagnement de vents venu du ciel… La flûte viendra çà et là nous plaquer au sol et perturber une douce rêverie qui se serait aussi passée de la ponctuation des fameux cors... Passons, le troisième mouvement fut très enlevé avec de très belles interventions de ce basson facétieux.

Radu Lupu se révéla lors du concert une merveille d’équilibre, de délicatesse et d’émotion sereine : la justesse du propos et le romantisme effleuré aura comblé les mélomanes attachés à percevoir dans la musique de Mozart le lien classique entre le monde du baroque de son père et le romantisme naissant à sa mort… Une leçon d’humilité et de style très certainement.