C’est à un beau programme panaché que l'Orchestre de la Suisse Romande nous conviait ce mercredi sous la direction du très jeune chef venezuélien Rafael Payare : les très belles Danses de Galanta de Kodály, le fameux Concerto pour piano n° 3 de Beethoven et enfin l’énergique et revigorant Concerto pour orchestre de Bartók.

Rafael Payare © Luis Cobelo
Rafael Payare
© Luis Cobelo

Formé comme corniste au sein du fameux El Sistema vénézuélien, Rafael Payare se dédie actuellement à la direction d’orchestre avec bonheur…  Ligne fine, grands bras arachnéens, le chef se différencie de son fameux compatriote Gustavo Dudamel, par une gestique plus sobre, mais en en gardant la même belle énergie. Au bénéfice d’une carrière déjà reconnue, Rafael Payare pose dès l’introductif Kodály une verve que souligne la souplesse des cordes tout en maîtrisant les équilibres avec les vents, dont on peut souligner la clarinette veloutée de Michel Westphal ainsi que des transitions particulièrement bien menées : ce Kodály ne manqua ni d’air, ni de malice.

David Fray © JB Mondino - Virgin Classics
David Fray
© JB Mondino - Virgin Classics
Le Concerto n°3 de Beethoven fait partie de ses œuvres inscrites dans le disque dur de tout un chacun et dont on se dit «ah mais bien sûr ! » dès les premières mesures… Très vite d’ailleurs on pouvait s’entendre penser concernant l’Orchestre de la Suisse Romande « ah ce maudit mezzo-forte systématique » avec des timbales qu’on aurait souhaité plus subtiles, des violons plus sensibles, des basses plus phrasées. Le pianiste David Fray à l’allure plus chopinienne que beethovenienne se fit anodin pendant l’introduction malgré un son bien homogène, une main gauche au legato soutenu et une main droite subtile… La cathédrale que dessine la cadence finale du premier mouvement fut nimbée d’une pédale un brin aquatique noyant le discours. On aurait aimé ce Beethoven plus près du gouffre à l’entrée des timbales. Le deuxième mouvement se fit assez allant, gommant un peu ce grand élan consolateur que Beethoven sait suggérer à merveille. La petite harmonie auréola néanmoins l’orchestre d’une douce lumière, accompagnant le piano ductile de David Frey avec sérénité. Le troisième mouvement attaqué subito manqua d’un piano erratique et, bien que ne déméritant, pas il offrit un romantisme un peu froid, alors qu’on eût apprécié plus d’emportement et de lourde noirceur… C’est dans un Bach venu du ciel et donné en bis que l’émotion se fit totale et on eût aimé que le pianiste développa la même imagination pour son Beethoven.

Le conclusif Concerto pour orchestre de Bela Bartók s’ouvre sur une sombre phrase des basses, dont une flûte émerge tel un oiseau de nuit… Une ambiance qui fait justement penser à l’Oiseau de feu de Stravinsky. Le deuxième mouvement, Giuoco delle coppie, offrit des bassons et hautbois facétieux se livrant avec plaisir au grincement et à la raillerie. L’Elegia sombre et crépusculaire propose un beau moment avec ses vagues ourlées de harpe et de clarinettes sur les plaintes du hautbois. L’Intermezzo interrotto fut souriant avec les belles phrases d’alti suaves à souhait. Une sorte de grande ronde riante fit son entrée avec les glissandi de trombone, les coups de klaxon des flûtes et hautbois, tout cela dans un bel élan pour se poursuivre dans la grande chevauchée du Finale avec ses cordes sotto voce mais gardant toute la tension requise. Bravo au basson solo de Céleste Marie-Roy qui parvient à imposer un discours toujours dans le flux. L’équilibre des cordes et des cuivres fût splendide et la dernière envolée vint couronner un bien beau Bartók, étincelant de cuivres pléthoriques et de bois rayonnants ! 

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