C’est à un programme assez éclectique que nous conviait l’Orchestre de la Suisse Romande ce jeudi soir au Victoria Hall : la suite pour orchestre de Pelléas et Melisande de Gabriel Fauré en guise d’amuse bouche, pour suivre, Mar’eh, pour violon et orchestre de Matthias Pintscher, puis en guise de dessert, la Huitème Symphonie de Dvořák

Matthias Pintscher © Andrea Medici
Matthias Pintscher
© Andrea Medici
L’introductive et suave suite pour orchestre de Fauré fut ourlée de belles nuances, soulignées par la flûte impressionniste de Sarah Rumer, les interventions tout en nuances de Benoît Willmann à la clarinette ainsi que la douceur des phrasés de Julia Heirich. La fileuse fit resplendir les couleurs scintillantes de l’Orchestre de la Suisse Romande en grande forme dont on sent les affinités quasi filiales avec ce répertoire. La fameuse Sicilienne fit tout son effet et ces esquisses musicales furent proposées dans un bonheur de dosage entre débordement romantique et retenue, tant et si bien que l’équilibre de Fauré fut totalement préservé et offrit le plaisir d’une émotion sereine. 

Que dire de Mar’eh pour violon et orchestre de Matthias Pintscher sinon qu’elle fut le témoin de l’entière implication du divin Renaud Capuçon, star française reconnue internationalement, qui prend un plaisir évident à interpréter cette œuvre, commande du Festival de Lucerne et créé en 2011 par Julia Fischer. Son violon se plie avec brio à toutes les couleurs qu’implique l’interprétation d’une telle pièce, tant et si bien que l'œuvre coule avec fluidité, le soliste semblant dépasser avec maestria les difficultés inhérentes à son écriture. Tout au long de cette vaste fresque lyrique chantée par le violon, s’impose un discours assez intériorisé. Malgré d’indéniables qualités d’atmosphères sonores, on restera peut-être plus circonspect quand à la récurrence d’effets et de leitmotivs notamment aux fûtes ainsi que par une musique qui, tel un raga, tourne un peu en rond. Par ailleurs on reste un peu pantois qu'une telle œuvre soit encadrée par un Fauré et un Dvořák faisant plus appel aux tripes qu’à l’intellect. 

La Huitième Symphonie de Dvořák offrit dès l’ouverture la délectation de beaux phrasés d’un pupitre de violoncelles très homogène. L’Allegro con brio permit d’apprécier le son dru et compacte de l’Orchestre de la Suisse Romande qui prend un plaisir évident à interpréter ces musiques. Les différents pupitres de cordes sonnent homogènes et les transitions amenées avec souplesse. On aura pu apprécier la brillante trompette solo dans son appel introductif de l’Allegro ma non troppo et pu regretter à maintes reprises des timbales vertes, trop fortes brisant la belle homogénéité de l’ensemble. Des grands tutti introductifs, aux ombrages orientaux de l’Adagio, pour s’achever par le grand « Zim Boum » du final resplendissant de vents pléthoriques. L’Orchestre de la Suisse Romande n’aura pas démérité. Cependant on aura pu regretter que le chef ne parvienne pas à donner à cette fresque une vision plus homogène, ayant plus ciselé le détail que suscité un grand souffle épique et une vision à cette œuvre qui s’en trouva quelque peu saucissonnée… 

Ainsi donc cette soirée fut d’une très belle tenue, même si globalement les pièces se sont plus nui les unes les autres qu’éclairé mutuellement en vue d'une lecture transversale. La pièce de Pintscher fit un peu l’effet d’un déglaçage dans la sauce sirupeuse des mélopées impressionnistes de Fauré, tout comme on peut se poser la question du rapport entre un Fauré et le romantisme assez populaire de Dvořák. Reste malgré tout la qualité de l’interprétation de l’orchestre visiblement porté par l’énergie insufflée par le chef-compositeur.

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