C’est à une bien belle affiche que nous conviait l’Agence Caecilia pour son premier concert de la série « Les Grands Interprètes » : rien de moins que le  très renommé violoniste français Renaud Capuçon, originaire de la proche Chambery, et son partenaire, le pianiste américain Nicholas Angelich, français d’adoption, dans un voyage musical à travers les trois sonates de Johannes Brahms.

Renaud Capuçon © Mat Hennek
Renaud Capuçon
© Mat Hennek
La Sonate n°1 en sol majeur, toute de délicatesse dans son introduction subtile, offre immédiatement à entendre le magnifique legato de Renaud Capuçon, ondin et suave, soutenu par le beau tapis sonore du piano de Nicholas Angelich. Les pizzicati se font extrêmement suaves et doux, les portati, d’une justesse de style irréprochable. L’Allegro molto moderato offre un jeu d’ombre et de lumière, parfait écrin pour le violon doux du soliste.

Plus impétueuse et romantique que la première, la Sonate n°2 en la majeur déploie ses fastes romantiques dont on apprécie les belles envolées lyriques du piano de Nicholas Angelich. Le son se fait plus dense alors que la voix de son collègue garde cette essence presque féminine, aux accents subtils, toujours dans une certaine rondeur, dont on commence à regretter le manque de noirceur. L’Andante tranquillo, empreint d’une nostalgie palpable, confirme que l’on se trouve plus proche des velours d’un salon feutré que près d’un torrent embrumé… Peu à peu, la lecture révèle un manque de rugosité et d’âpreté. 

Beaucoup plus affirmée et racée, la Sonate n°3 en ré mineur réserve plus d’emportements de la part du pianiste Nicholas Angelich qui mène la danse des nuances, même si le violon de Renaud Capuçon n’effleure la noirceur que de manière parcimonieuse et estompée : dommage.

L’Adagio se perd un brin dans cette recherche esthétique permanente et l’émotion de cette longue phrase introductive se dissipe…  Les graves sont effleurés, perdent de leur substance, accentuant le déséquilibre avec le piano dans ces phrases étirées à l’extrême…

Dans le troisième mouvement, Un poco presto e con sentimento, on aura apprécié le toucher du pianiste, toujours attentif à préserver un certain équilibre imposé par les nuances du violoniste. Le piano de Nicholas Angelich emportera le Presto agitato dans une matière plus riche et plus échevelée…

Nicholas Angelich © S. de Bourgies
Nicholas Angelich
© S. de Bourgies
De ce voyage musical on retiendra le subtil Nicholas Angelich qui se confirme comme un magnifique accompagnateur et musicien de chambre à l’instar d’un Lambert Orkis, mais on regrettera certainement le manque de caractère du violon de Renaud Capuçon qui semble s’écouter plus que transmettre. On en vient à se demander si la réflexion purement instrumentale ne l’emporte pas sur l’imagination musicale… Ne sommes-nous pas finalement en face d’un magnifique technicien qui, au fond, n’émeut que peu ? Ce soir, la musique aura certainement manqué d’élan et de lâcher prise.