Rares sont les programmes à afficher une cohérence musicale forte. Ici l'Orchestre National du Capitole de Toulouse, amené par le chef invité Rinaldo Alessandrini, suivait le fil simple mais ô combien efficace du discours chronologique. Du prodige et classique Mozart, le programme amenait au romantique Schubert, tout en passant par l'incontournable Beethoven, à cheval entre les deux courants esthétiques. À travers trois symphonies de jeunesse des célèbres compositeurs, l'affiche permettait, entre les lignes, de suivre l'évolution stylistique du langage musical mais aussi celle du genre de la symphonie. La cohérence, déjà fort bien assise, se trouvait également dans le domaine de l'apprentissage, les trois œuvres ayant été forgées lors des passages initiatiques respectifs de ces trois compositeurs à Vienne, ville impériale et capitale musicale de l'époque.

Rinaldo Alessandrini © Morgan Roudaut
Rinaldo Alessandrini
© Morgan Roudaut

Fort de sa politique de production en région, l'orchestre et son chef invité amenaient à Marciac les sonorités ayant résonné la veille dans la Halle aux Grains. Sans baguette, le maestro relève la légèreté de la Symphonie n°1 en si bémol majeur de Mozart, lançant du poing fermé les gammes fusées du Molto Allegro et du Presto, caressant du revers de la main la mélodie de l'Andante. Ce mouvement lent central est sans doute le plus réussi, Alessandrini profite de l'écriture équilibrée et espacée de la partition pour ne plus battre la pulsation et ne produire une gestuelle qu'en fonction des phrasés, amenant de mouvements de bras antécédents et conséquents telles des vagues sur une plage de sable. Laissant le public applaudir entre tous les mouvements, le maestro adopte clairement une position respectueuse du contexte historique liée à chaque œuvre, le tout dans un esprit pédagogique.

Le passage à la Symphonie n°1 en do majeur de Beethoven ramène un aspect plus strict de la direction pulsée, à la baguette, du fait de la multiplication des micromotifs et contretemps sur l’Adagio – Allegro initial. L’Andante montre encore des accents classiques, même si les motifs passent plus facilement de pupitres en pupitres, des cordes aux vents. L’effectif orchestral, presque d’orchestre de chambre au début de la soirée, a d’ailleurs été renforcé avant le début de cette seconde symphonie. R. Alessandrini dirige les violons dans le Finale du bout des doigts, avec le geste du silence, puis sautille sur son estrade avec de reprendre plus scolairement la stricte mesure pour le développement terminal. Pour nous, l’esprit beethovénien est suivi à la lettre.

La seconde partie est consacrée à la symphonie désormais devenue pleinement romantique au travers de la Symphonie n°4 en do mineur de Schubert. Équilibre des tons, mais transformation du mode pour cette pièce dite « tragique ». Coïncidence bien représentative du sens de l'histoire : cette seconde partie installe une ambiance plus triste, plus profonde et métaphysique, ô combien emblématique du romantisme musical. Le chef prend soin de poser et de prolonger tous les accords et les silences de l’Adagio et de l’Andante. L’orchestre déroule presque seul les jeux de contretemps du Menuetto. Pour l’Allegro, Alessandrini reprend une direction à la main, échangeant avec ses musiciens comme un boxeur faisant des passes sur un ring. Le revers de la main impose les moments d’éloquence, la paume ouverte est mobilisée pour la couleur. Le tout conserve une certaine sobriété dans la noirceur de la pièce, avec un rendu romantique très contenu. On est là encore très près des desiderata de la partition. Devant l'enthousiasme du public au bout de quatre saluts, Alessandrini demande à l'orchestre de bisser la coda du faux Menuet de la symphonie de Beethoven. De nouveau largement applaudi, l'orchestre quitte la scène sur la désormais habituelle accolade entre collègues de pupitres.