Adaptation de l’œuvre de Victor Hugo, l’Ernani de Verdi capte les tensions de la société d’Ancien Régime révélée par un amour impossible entre Elvire et ses trois prétendants : le roi Don Carlo, le vieux duc Don Ruy Gomez de Silva, et celui qu’elle aime en secret, Ernani. Les adeptes du bel canto seront servis durant cette soirée.

Alfred Kim (Ernani) © Patrice Nin
Alfred Kim (Ernani)
© Patrice Nin

La mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman consacre un plateau extrêmement statique qui eût été un peu pesant si les quatre actes s’étaient révélés plus longs. Les décors intemporels (piliers du château, arbre mort de l’extérieur, salle de cérémonie) répondent aux costumes métissant plusieurs époques, également réalisés par Emmanuel Peduzzi. Si l’on regarde seulement les tenues militaires, l’hermine traditionnelle médiévale de Don Carlo, répond au costume du vieux général bardé de médaille de Silva d’un style année 50 et aux tenues des sbires du roi « nouvelle génération » ressemblant aux commandos actuels. Les lumières rougeoyantes de Jean Kalman assurent une mise en avant des personnages et des décors minimaliste mais très efficace, sauvant un peu l’immobilisme général. Le couronnement de Don Carlo comme Empereur du Saint Empire, sous la gouverne de l’aigle impérial bicéphale, est particulièrement réussie, tout comme les rêves de grandeurs du futur Charles Quint dont l’ombre géante trahit la démesure et l’orgueil. Echouant devant l’autel représenté par un drap blanc de soie tendu, Ernani se poignarde sur l’ordre de la corne de Silva, et semble avalé par son destin au moment où le drap se décroche et le recouvre, lui ainsi qu’Elvire. Tout est accompli, et l’espérance de l’autel se transforme en un instant en linceul lancé par le destin.

Durant l’ouverture lancée par Evan Rogister, les bandits s’éveillent progressivement au fur et à mesure des roulements de timbales et le héros apparaît rapidement. Ernani, incarné par Alfred Kim  qu’on avait déjà vu excellent dans Turandot, produit un vibrato et une puissance extrêmes pour ce rôle de prédilection. Même leçon pour l'Elvire de Tamara Wilson, impeccable sur ses soli, de la présentation de la robe de mariée et des bijoux, jusqu’à la mort de son amant. On apprécie surtout la douceur du duo d’Ernani et d’Elvire durant l’acte II. Le roi Don Carlo (Vitaliy Bilyy) et Silva (Michele Pertusi) préfèrent une vocalise plus polissée et moins clinquante, et c’est sans doute ce dernier qui sera le plus applaudi pendant et après la représentation. Giovanna (Paulina González), Don Riccardo (Jesús Álvarez) et Jago (Victor Ryauzov) ne sont pas en restes mais la partition ne leur offre que des interventions minimes.

Vitaliy Bilyy (Don Carlo) © Patrice Nin
Vitaliy Bilyy (Don Carlo)
© Patrice Nin
Evan Rogister se démène dans la fosse pour conserver une dynamique rythmique et dansante, englobant les chœurs dans ce même mouvement, accentuant de façon importante les chants des hommes, brigands, servants ou militaires. Malheureusement tous les acteurs du plateau conservent tout au long de cette nouvelle production un jeu scénique en retrait, sans doute par choix artistique, au profit de la seule virtuosité des voix et de sa puissance hégémonique. Et la psychologie des personnages, déjà fortement déclassée par le livret de l’opéra, n'y gagne guère.