Après un passage au Printemps des Arts de Monte-Carlo, Renaud Capuçon, Bertrand Chamayou et l’ensemble Les Siècles dirigé par François-Xavier Roth posaient leurs valises à Aix-en-Provence pour un gala 100% Saint-Saëns au Festival de Pâques qui, contrairement à l'événement monégasque, n’est pas ouvert au public cette année. Les concerts sont néanmoins diffusés en direct sur le site du festival. Comme cela se fait désormais presque partout, les journalistes sont autorisés à assister au concert depuis le Grand Théâtre de Provence, à condition de ne pas applaudir durant tout le concert, créant ainsi une étrange frustration tant l’interprétation de certains poèmes symphoniques conviait à une salve d’applaudissements mérités !

François-Xavier Roth dirige Les Siècles au Grand Théâtre de Provence
© Festival de Pâques d’Aix en Provence 2021 – Caroline Doutre

Le programme entièrement dédié au compositeur français mettait à l’honneur ses plus grandes pages symphoniques, souvent inspirées de l’Antiquité, à commencer par un flamboyant Phaéton, plein de relief et de contrastes. François-Xavier Roth magnifie l’orchestration de Saint-Saëns en trouvant toute la puissance sonore et dramatique nécessaire, particulièrement mise en exergue par l’ouverture solaire aux cuivres ou le coup des trois timbales renvoyant à la foudre de Zeus s’abattant sur Phaéton. Le Rouet d’Omphale, premier des poèmes symphoniques écrits par le compositeur, est tout aussi captivant. L’apport des Siècles est ici évident et confirme ce qui fait leur réputation au disque comme au concert : le jeu sur les timbres et les couleurs opéré avec les instruments d’époque est admirable. Les cordes sont souples et translucides, avec des aigus purs, presque cristallins. Le travail est encore plus impressionnant à l’écoute de la petite harmonie, où chaque instrumentiste réussit le tour de force de se démarquer par sa sonorité tout en trouvant une cohésion d’ensemble aux teintes lumineuses. On est étonné d’entendre aussi bien le contrebasson qui passe au-dessus de tous les autres dans les tuttis !

Bertrand Chamayou et Les Siècles interprètent Saint-Saëns
© Festival de Pâques d’Aix en Provence 2021 – Caroline Doutre

Les autres œuvres au programme font valoir une totale osmose entre le chef et ses musiciens. Hormis La Jeunesse d’Hercule venue ouvrir le concert, très impressionniste mais manquant sans doute d’effusion et d’énergie, on a plaisir à entendre un ensemble homogène, pouvant se prévaloir d’interpréter cette musique avec un allant et une fluidité tout naturels. Car outre le travail sur les couleurs quasi pictural, les timbres spécifiques des Siècles marquent l’auditeur par leur charme presque suranné, légèrement désuet. Loin de cantonner cette musique à un enchaînement de tableaux sonores, les musiciens lui confèrent une nostalgie et une grâce de fin de siècle typique qui entre petit à petit dans la modernité. Dans ce registre, Roth impressionne par sa rigueur et son refus de tout sentimentalisme, notamment dans La Danse macabre. Les tempos sont justes, les enchaînements logiques, l’exaltation orchestrale parfaitement contrôlée… et le violon solo François-Marie Drieux incarne admirablement ces qualités dans ses interventions à découvert, refusant lui aussi tout excès interprétatif.

Renaud Capuçon, François-Xavier Roth et Les Siècles
© Festival de Pâques d’Aix en Provence 2021 – Caroline Doutre

On restera en revanche bien plus réservé s’agissant de l’association avec les solistes Renaud Capuçon et Bertrand Chamayou. Si ce dernier arrive à retranscrire avec une netteté et un sens du mystère notables les thèmes orientaux et chaloupés d’Africa et du Concerto nº 5, il ne parvient pas totalement à captiver l’auditoire avec un jeu sans doute trop uniforme. Le premier écrase quant à lui complètement l’orchestre, tant dans l’Introduction et Rondo capriccioso que dans la Havanaise, vibrant à tout va, surjouant le moindre thème et enfilant les traits dans une virtuosité certes impeccable mais trop déconnectée de l'ensemble pour être réellement éloquente. C'est d'autant plus dommage que Les Siècles font, ici encore, preuve d'une belle sonorité ciselée.

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