La São Paulo Dance Company, jeune compagnie créée il y a dix ans, propose un programme de trois chorégraphes contemporains au Théâtre National de Chaillot.

<i>Suite pour deux pianos</i> par la São Paulo Dance Company © Wilian Aguiar
Suite pour deux pianos par la São Paulo Dance Company
© Wilian Aguiar

En première partie, neuf danseurs interprètent Suite pour deux pianos d’Uwe Scholz, créée en 1987. Le chorégraphe allemand utilise les œuvres de Kandinsky et la musique de Rachmaninov pour composer cette pièce très technique. Dans des costumes moulants noirs et blancs, les danseurs évoluent selon des mouvements géométriques complexes et dynamiques devant les œuvres de Kandinsky projetées en fond de scène. Les danseurs se lancent les danseuses, les portés sont acrobatiques, les sauts sont hauts et les tours nombreux : la technicité ne manque pas mais la chorégraphie manque d’émotion, paraissant bien rigide et répétitive. Le mouvement semble avoir pour unique but la virtuosité technique ; le lien avec les tableaux de Kandinsky paraît uniquement formel et prétexte à la technicité. Les danseurs relèvent néanmoins ce défi avec succès : les pas sont assurés et les obstacles passés avec éclat. On remarque notamment Yoshi Suzuki, danseur très charismatique à la technique irréprochable.

<i>L'Oiseau de feu</i> par la São Paulo Dance Company © Wilian Aguiar
L'Oiseau de feu par la São Paulo Dance Company
© Wilian Aguiar

Ana Paula Camargo et Nielson de Souza dansent ensuite L’Oiseau de feu, pas de deux, de Marco Goecke. Ce court duo de huit minutes a été créé il y a neuf ans pour le centième anniversaire de la création de L’Oiseau de feu de Michel Fokine à l’Opéra de Paris. La chorégraphie est centrée sur les bras et la mobilité du dos des deux danseurs pour explorer les ailes de l’Oiseau de feu. On apprécie la valeur de chaque détail dans cette recherche chorégraphique où les danseurs vont jusqu’à imiter le frémissement des ailes dans le bout des doigts. Leurs mouvements de tête nets et saccadés sont également évocateurs. Les deux oiseaux dansent d’abord séparément avant de se retrouver pour former un duo vibrant où les mouvements se rejoignent et où la dynamique du feu semble croître. Les deux danseurs font honneur à cette chorégraphie inspirée et singulière en l’interprétant avec précision et personnalité.

<i>Odisseia</i> par la São Paulo Dance Company © Clarissa Lambert
Odisseia par la São Paulo Dance Company
© Clarissa Lambert

En troisième partie, la São Paulo Dance Company présente Odisseia, pièce de Joëlle Bouvier composée spécialement pour la compagnie. Ce ballet est centré sur le thème du voyage et de la migration aujourd’hui. Des bruitages enregistrés imitent la mer, le brouhaha des gares ou des ports. Les décors en voiles transparents nous font voir des bateaux, des vagues, des abris où évoluent les danseurs avec beaucoup de poésie. D’abord mélancolique, la chorégraphie donne à voir des corps las et fatigués qui expriment en groupe les tracas de la vie migratoire. Les danseurs courent avec peine, semblant s’échapper, se cachent les yeux, tombent, se redressent. Ces passages touchent par l’évocation sensible de la fragilité de ces vies. Un peu plus tard, une immense vague, représentée par une bâche tenue par les danseurs, engloutit soudain l’un d’entre eux avec un réalisme glaçant. Ces mouvements et décors sombres changent ensuite pour laisser place à une danse de l’espoir plus vive et dynamique. Le point de bascule dans la chorégraphie entre les danses de groupe douloureuses et le retour de la joie est marqué par un duo enjoué : un homme et une femme paraissent se retrouver sur un bel extrait de la Passion selon saint Matthieu de Bach.

<i>Odisseia</i> par la São Paulo Dance Company © Clarissa Lambert
Odisseia par la São Paulo Dance Company
© Clarissa Lambert

La compagnie forme un très bel ensemble qui interprète avec sensibilité une foule solidaire. Habillés de vêtements de ville colorés, hommes et femmes dansent à plusieurs moments dans des groupes séparés, permettant d’apprécier des qualités de mouvements différentes. Les hommes semblent combattre leur sort en frappant le sol de leurs poings puis en s’exprimant dans des mouvements aériens physiques et dynamiques. Quant aux femmes, leurs mouvements de bras souples et fluides donnent place à des moments dansés plus doux et intérieurs. Nous pouvons d'ailleurs noter la belle présence scénique de Thamiris Prata, qui se distingue du groupe à plusieurs reprises. La pièce de la chorégraphe française est très applaudie ; on apprécie alors le salut personnalisé de chaque danseur qui reprend un mouvement du ballet de Joëlle Bouvier.

La soirée permet donc d’apprécier plusieurs styles chorégraphiques à travers un répertoire varié. La chorégraphie de Joëlle Bouvier est sans aucun doute l’événement de la soirée : son œuvre est non seulement la plus aboutie mais aussi la seule qui permet vraiment aux danseurs de s’exprimer totalement.

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