Un programme aussi diversifié que The unanswered question de Charles Ives (1874-1954), le Concerto pour clarinette, orchestre à cordes, harpe et piano d'Aaron Copland (1900-1990) et Schéhérazade de Nicolaï Rimski-Korsakov trouve avec difficulté sa propre cohérence. Concert intitulé « D'Ouest en Est », nous nous demandons en cette fin de saison si l'Orchestre national Montpellier Languedoc Roussillon ne devrait pas réfléchir davantage à la cohérence et à la pertinence des relations entre les œuvres choisies ? À l'image de la programmation de cette saison qui s'achève, la véritable question, et non celle de Ives, est de se demander si la direction souhaiterait se donner les moyens d'élever la pertinence de ses programmes plutôt que de forcer des rencontres d’œuvres chapeautées à plusieurs reprises par des intitulés de concert révélant l'absence de fond ?

Michael Schønwandt © Marios Taramides
Michael Schønwandt
© Marios Taramides
Cependant, chacune des pièces prise isolément trouve sa cohérence et une interprétation de honnête. La maîtrise de la texture des cordes dans The unanswered question de Charles Ives est à souligner ainsi que le travail maîtrisé sur l'espace de par une division de l'orchestre entre scène et premier balcon. De même, l'orchestre assume pleinement son rôle dans le Concerto pour clarinette d'Aaron Copland pour lequel Martin Fröst est véritablement convaincant. De par sa virtuosité, son jeu maîtrisé, l'éclectisme de son timbre, la conduite de son phrasé et l'écoute dont il fait preuve, le clarinettiste et chef d'orchestre suédois se dévoile comme un interprète d'exception pour cette œuvre. Le travail d'ensemble convainc d'autant plus que la problématique du timbre avec la réussite de certains alliages et la maîtrise des strates sonores est réussie. Ce dernier point constitue cependant un des éléments à discuter en ce qui concerne la dernière pièce du programme.

En effet, cette interprétation de Shéhérazade se veut extrêmement nourrie et présente. Cependant, ne pouvait-elle pas être aussi présente tout en gagnant en subtilité sur les masses sonores ? D'autant plus que les parties de harpe devenaient souvent absolument imperceptibles, problème certes fréquent mais qu'il faut tout de même chercher à maîtriser et à jauger. À de nombreuses reprises, la question de la projection sonore à outrance pose le problème de la maîtrise des lignes intérieures et de l'équilibre global. Cependant, nous soulignons la qualité d'interprétation de la première violon solo supersoliste Dorota Anderszewska, mais surtout - car inhabituelle - la surprenante maîtrise des parties solistes au sein du pupitre des bois. L'ensemble donne à penser que les musiciens de l'orchestre et le nouveau chef permanent Michael Schønwandt commencent à faire émerger une véritable entente et compréhension musicale en cette fin de saison.

Nous espérons que cette trajectoire de révélation du son de l'orchestre prendra une réelle ampleur dès la saison prochaine, et que la programmation musicale sera davantage emplie de cohérence, source d'élévation et de stimuli pour les membres de l'Orchestre national Montpellier Languedoc Roussillon.